La Révolution de 1830 : une lettre autographe de Béranger. Un témoignage historique.

À notre catalogue de lettres autographes, nous proposons actuellement une fantastique lettre du chansonnier Pierre-Jean de Béranger (1780-1857). Et si j’use d’un superlatif aussi fort, je vous en donne les raisons.

Pierre-Jean de Béranger, lettre autographe signée en date du 30 juillet 1830 dans laquelle il annonce la proclamation de Louis-Philippe d’Orléans.

La Révolution de 1830 dites des « trois glorieuses » à savoir les journées du 27, 28, 29 juillet, trouve son origine dans l’inflexibilité du roi Charles X qui tenta le 25 juillet par une série d’ordonnances (les ordonnances de Saint-Cloud) de museler l’opposition des parlementaires libéraux. Que désiraient ces derniers ? Majoritaires à la Chambre, les libéraux se défiaient du nouveau ministère gouverné par le très réactionnaire prince de Polignac. les libéraux militaient pour un assouplissement du régime et une nouvelle charte : constitutionnelle et monarchique (toujours) mais parlementaire, à l’anglaise. C’est-à-dire que chaque gouvernement serait tenu d’avoir la confiance de la majorité de la Chambre des députés et non uniquement de celle du Roi. Aussi, les libéraux (menés par Adople Thiers, Armand Carrel, Casimir Périer, Benjamin Constant, Royer-Collard…) demandaient au souverain davantage de libertés, notamment celle de la presse. En mars 1830, 221 députés votèrent une défiance à l’encontre du gouvernement Polignac. Charles X balaya la contestation par une indifférence ostensible, maintint Polignac et mit en vacances le Parlement pour six mois… Les tensions politiques et sociales s’attisèrent jusqu’au 25 juillet où Charles X décida par ses ordonnances de suspendre la liberté de la presse, de dissoudre la Chambre des députés qui venait d’être élue (très majoritairement libérale), et de relever d’un cran le cens électoral (le droit de vote était conditionné à un certain niveau de fortune) afin d’écarter du jeu parlementaire la moyenne bourgeoisie dont était issue la majorité des libéraux. Ces ordonnances, qui flirtaient dangereusement avec l’absolutisme honni, débouchèrent inévitablement sur un violent mécontentement populaire et une Révolution qui en rappelait une autre.

Alors, que vient faire ici Pierre-Jean de Béranger ? Il faut savoir que le maître-chansonnier était un farouche adversaire de l’Ancien Régime et du cléricalisme. À partir de 1814 (et de l’accession de Louis XVIII au trône) Il usait de ses chansons comme d’une arme de propagande, s’en prenant à la Restauration en rappelant les glorieux souvenirs de la Révolution et de l’Empire. Très populaire, Lamartine l’appelait « L’Homme-Nation ». Plusieurs fois condamné et incarcéré à la prison de Sainte-Pélagie, Béranger ne cessa jamais d’attaquer violemment les différents gouvernements sous Louis XVIII et Charles X.

Le chansonnier Pierre-Jean de Béranger (1800-1883).

Cette lettre autographe signée de Béranger, est écrite le 30 juillet à 10 heures du matin, au lendemain de la dernière journée d’émeute et le matin même des tractations politiques qui décidèrent du sort de la France en nommant Louis-Philippe Roi des Français. Au moment où Béranger écrit cette lettre, il se trouve alors dans les salons de l’homme le plus influent de la Révolution de Juillet, celui qui prit l’initiative de proposer Louis-Philippe d’Orléans à la gouvernance du Royaume, à savoir le banquier Jacques Laffitte (1767-1844). Dans cette lettre, Béranger écrit :

« Je me porte fort bien ; la cour vient de quitter St Cloud. Les Parisiens ont été admirables de courage et de sagesse. Le peuple parait vouloir proclamer le Duc d’Orléans ; je devrais même dire qu’il le proclame, car c’est généralement sur lui qu’on jette les yeux, et les proclamations imprimées l’annoncent ; Je suis auprès des députés réunis chez Laffitte. Vive la nation ! Tout le monde a les couleurs nationales. Je vous embrasse tous. Béranger. 30 juillet à 10h ».

Cette lettre autographe est un témoignage historique très émouvant de la Révolution de 1830, elle est écrite sur le fil de l’histoire, au moment même où tout bascule, où La France divorce avec la maison capétienne de Bourbon. On imagine Béranger assit sur une chaise devant un guéridon, dans le coin d’un vaste salon, entouré des principaux acteurs de cette révolution, écrire fiévreusement « Vive la Nation ! ».

Cette lettre autographe signée de Pierre-Jean de Béranger est disponible à notre catalogue, sur notre site internet : www.galeriethomasvincent.fr