Catégorie : Histoire des Autographes

Le manuscrit du curé Meslier : aux sources de l’anticléricalisme français.

En lisant le livre du philosophe Olivier Bloch, Un Bouquet de fleurs du mal. Anthologie de textes matérialistes d’Aristote à Marx, j’ai fait connaissance avec la pensée de Jean Meslier (1664-1729), un personnage historique dont j’ignorai totalement l’existence et l’importance.

Imaginez un homme d’église, un curé anonyme de la ville d’Étrépigny, une petite commune des Ardennes (160 habitants à la Révolution, 291 aujourd’hui), fidèle à son poste durant 40 ans auprès des bons croyants de sa paroisse. Imaginez ce modeste curé durant ces longues années, diriger ses milliers de messes, baptêmes, communions, enterrements, écoutant les confessions, les absolvant au nom du Dieu tout-puissant, éduquant sa communauté, prêchant la bonne parole, exerçant son ministère… jusqu’à sa mort. Jusque ici la vie banale d’un homme d’église, d’un homme de foi. Seulement, ce curé avait laissé dans un tiroir un volumineux manuscrit, rédigé à l’abri des regards indiscrets.

Jean Meslier (1664-1729).

Six ans après sa mort, en 1735, l’écrivain Nicolas-Claude Thériot (1697-1772) prend connaissance du contenu de ce manuscrit et en informe son ami Voltaire dans une lettre. L’effet provoqué par la lecture de ce manuscrit est une déflagration. En effet, Jean Meslier y renie par écrit sa religion, toutes les formes de religions, Dieu, les Saints, les Rois et il invite ses propres paroissiens à en faire de même.

Nourrit par ses nombreuses lectures (Tite-live, Sénèque, Tacite, Flavius Joseph, La Bruyère, Pascal, Malebranche, Bayle, les textes bibliques) et inspiré particulièrement par Montaigne et La Démonstration de l’existence de Dieu de Fénelon, Jean Meslier avait durant ces longues années de réflexion, élaboré progressivement sa propre pensée. De manière libre, indépendante, il s’était attelé à l’étude de sa propre foi et à l’observation de la nature, des hommes et de la société dans laquelle il vivait.

Il démontre dans ce manuscrit les erreurs, les mensonges, les illusions, les artifices de la religion. Selon lui, elle n’est que superstition. Les hommes d’église et les puissants souverains qui s’en réclament ne seraient même pas à la hauteur des messages transmis dans les écritures saintes. Et même ces messages, ces lois, cette morale que l’humanité subie depuis plus d’un millénaire, ne reposeraient sur aucun fondement sérieux. Le testament du curé Meslier est une étude critique d’objet philosophique mais aussi une critique sociale et politique explosive, remettant en cause la légitimité des gouvernants et pointant leur duplicité et leurs abus (appelant implicitement à une révolution sociale). Ce manuscrit de 366 feuillets dédié à ses paroissien, est un vibrant plaidoyer pour l’athéisme, la libre pensée et puise ses racines dans une philosophie matérialiste intransigeante. La première publication intégrale n’est paru qu’en 1884 à Amsterdam. Cependant, Voltaire avait fait publier en 1762 quelques extraits dont il avait lui-même réécrit certains passages (considérant que le manuscrit était mal rédigé). Le baron d’Holbach fera paraître Le bon sens du curé Meslier suivi de son testament en 1772.

Venant d’un homme d’église, la pensée de Meslier, totalement radicale, rencontra un écho important dans les milieux des philosophes matérialistes du XVIIIe siècle. Meslier était un précurseur d’un athéisme revendiqué/assumé et assis sur une solide démonstration philosophique. Certains historiens ont vu dans ce testament l’annonce de la Révolution, une pré-conception du socialisme utopique, voir du communisme et de l’anarchisme. Il peut-être considéré comme le père fondateur de l’anticléricalisme français qui connaitra une longue histoire.

Testament du curé Meslier, manuscrit autographe, Bibliothèque Nationale de France.

Voici quelques passages du manuscrit :

« Mes chers amis, puisqu’il ne m’aurait pas été permis et qu’il aurait même été d’une trop dangereuse et trop fâcheuse conséquence pour moi de vous dire ouvertement, pendant ma vie, ce que je pensais de la conduite et du gouvernement des hommes, de leurs religions et de leurs moeurs, j’ai résolu de vous le dire au moins après ma mort (…) Dès ma plus tendre jeunesse, j’ai entrevu les erreurs et les abus qui causent tant de si grands maux dans le monde ; plus j’ai avancé en âge et en connaissance, plus j’ai reconnu l’aveuglement et la méchanceté des hommes, plus j’ai reconnu la vanité de leurs superstitions, et l’injustice de leurs mauvais gouvernements« .
(…)
« Voilà, mes chers amis, la vraie source, et la vraie origine de tous les maux qui troublent le bien de la société humaine, et qui rendent les hommes si malheureux dans la vie. Voilà la source et l’origine de toutes les erreurs, de toutes les impostures, de toutes les superstitions, de toutes les fausses divinités et de toutes les idolâtries qui se sont malheureusement répandues par toute la terre. Voilà la source et l’origine de tout ce que l’on vous propose comme de plus saint et de plus sacré dans tout ce que l’on vous fait pieusement appeler religion« .
(…)
« Toutes les religions ne sont qu’erreurs, illusions et impostures (…) Le nom et l’autorité de Dieu, ou des dieux, ne sont véritablement que des inventions humaines (…) qui ont été, comme j’ai déjà remarqué, inventées par des fins et rusés politiques, puis cultivées et multipliées par des faux séducteurs et par des imposteurs, ensuite reçues aveuglément par des ignorants, et puis enfin maintenues et autorisées par les lois des princes et des grands de la terre qui se sont servis de ces sortes d’inventions humaines pour tenir plus facilement par ce moyen là le moyen des hommes en bride, et faire d’eux tout ce qu’ils voudraient« .

Ces passages cités ne correspondent qu’à une forme d’introduction. Ensuite Meslier énonce huit preuves de la fausseté des religions. Parmi ces passages :

« Ni la beauté, ni l’ordre, ni les perfections qui se trouvent dans les ouvrages de la nature ne prouvent nullement l’existence d’un Dieu qui les aurait faits. (…) Il est manifeste et évident qu’il y a beaucoup plus de raison d’attribuer l’existence d’un être nécessaire ou l’existence par elle-même, à un être véritable que l’on voit, que l’on a toujours vu, et qui se trouve toujours manifestement partout, que de l’attribuer à un Être qui n’est qu’imaginaire et qui ne se voit et ne se trouve nulle part (…) Or le monde que nous voyons est manifestement un être très réel et très véritable, il se voit et se trouve manifestement partout (…) Il y a beaucoup plus de raisons d’attribuer l’existence par elle-même au monde même et aux perfections que nous y voyons que de l’attribuer à un prétendu Être infiniment parfait, qui ne se voit et ne se trouve nulle part, et qui par conséquent est fort incertain et douteux en lui-même… »
(…)
« Si la matière n’avait pas d’elle-même la force de se mouvoir, elle ne pourrait avoir reçu cette force que d’un être qui ne serait point matière, car si cet être était aussi matière lui-même, il n’aurait pas non plus la force de se remuer lui-même, ou s’il avait de lui-même la force de se remuer, il serait donc vrai de dire que la matière aurait d’elle-même la force de se remuer, de sorte que si elle n’a pas d’elle même cette force, il faut nécessairement qu’elle l’ait reçue d’un être qui ne serait point matière. or, il n’est pas possible que la matière ait reçu la force de se mouvoir d’un être qui ne serait point matière, donc elle a d’elle-même la force de se mouvoir et de se remuer« .

Je ne peux malheureusement pas retranscrire dans son intégralité une si longue démonstration dont la rigueur, le développement (le sérieux pour résumer) ne souffre d’aucune critique. Bien évidemment, certains lecteurs se sont offusqués (le mot est faible) et s’offusqueront encore aujourd’hui des positions défendues par Meslier. Mais qu’il est tort ou non, l’essentiel n’est pas là. Ce qui est remarquable d’un point de vue historique, c’est qu’en ce premier tiers du XVIIIe siècle, bien avant l’influence intellectuelle des Lumières, un curé puisse exprimer une telle pensée dans un contexte où la religion est omniprésente et omnipotente dans la vie de tous les français. S’il était impensable d’éditer un tel texte ou d’assumer ne serait-ce qu’en parole, il était encore plus impensable de le penser ! Rappelons-nous que François-Jean Lefebvre de La Barre fut torturé et exécuté pour blasphème en… 1766 (dernier condamné à mort pour outrage à la religion).

Il fallait à Meslier un certain courage pour extirper son sens critique et défendre sa position (dans la solitude et dans le cadre d’un quotidien qui devait lui paraître absurde) d’un environnement aussi structuré par la religion. Certes, il n’est pas le premier à hacher menu les livres saints et les religions à l’ère chretienne. Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655) les avait déjà pourfendus d’une subtile critique dans La Mort d’Agrippine (1654). Malgré Cyrano, et malgré d’autres avant Meslier, j’ai toujours eu, personnellement, une pointe d’admiration pour ceux qui arrive à penser par eux-mêmes. Meslier a d’autant plus de mérite qu’il n’était pas comme Cyrano un spectateur de la religion mais un acteur. De par sa condition de curé, et la pensée qu’il a nourrie à travers son existence, on devine un déchirement intellectuel qui parait presque insoutenable. Il est toutefois mort libre.

Ce manuscrit autographe de Jean Meslier est aujourd’hui à la Bibliothèque Nationale de France en trois exemplaires (tous de la main de Meslier). À ma connaissance, il n’existe aucun manuscrit, document signé ou lettre autographe de Jean Meslier. En 2018, une copie manuscrite anonyme d’époque (vers 1750) de certains passages de son Testament, 309 pages reliées en plein maroquin avait été adjugée 25.000 € chez Alde (pour une estimation de 5.000 / 6.000 €).

Olivier Bloch, Un bouquet de fleurs du mal. Anthologie de textes matérialistes d’Aristote à Marx, Éditions Pocket, collection Agora.

La première grande vente consacrée aux autographes : la collection Bruyère-Chalabre (1833)

Les premières ventes aux enchères d’autographes qui s’étirent entre le début du XIXe siècle et le début des années 1830 ne consacrent pas de collections privées même si elles existent depuis des siècles. Déjà dans la Rome antique, le consul romain Mussianus, ami de Vespasien et de Pline l’Ancien était célèbre pour sa grande collection de lettres en 14 volumes. Plus proche de nous, Loménie de Brienne (1561-1649), ambassadeur de Henri IV, avait entreprit une grande collection d’autographes qui fut d’ailleurs rachetée ensuite par Louis XIV. Nous ne citerons pas la liste entière des collectionneurs connus du XVIIe et XVIIIe siècle. Nous dirons seulement que la collection privée remonte aux temps les plus anciens.

Mais alors que les autographes deviennent une valeur marchande au début du XIXe siècle, les premières collections privées sont désormais consacrées par des catalogues et de grandes ventes aux enchères. La première d’entre elles s’est déroulée entre le 6 mai et le 25 mai 1833. Il s’agissait de la collection de M. de Bruyère Chalabre. 

Nous ne savons que très peu de chose sur le marquis de Chalabre. Octave Uzanne dans ses Zigzags d’un Curieux (1888) le cite comme ayant été connu parmi les grands collectionneurs d’autographes du XIXe siècle au côté des Guilbert de Pixérécourt, Alexandre Dumas, Guizot, Sainte-Beuve, Feuillet de Conches, Cherubini et autres marquis de Flers.

Nous retrouvons aussi la trace de Bruyère-Chalabre dans un curieux livre d’Alfred Marquiset publié en 1917 et ayant pour titre Jeux et joueurs d’autrefois (1789-1837).Dans ce livre traitant de la passion du jeu, il est simplement mentionné que M. de Bruyère Chalabre en huit ans de fréquentation du Cercle des Etrangers  perdit entre 400.000 et 500.000 francs en jeux les plus divers. On en conclura facilement que notre homme devait disposé d’une fortune considérable.

Cette collection fut le fruit d’achats frénétiques qui ne durèrent que trois ans seulement (passion passagère ?). Bruyère Chalabre ne lésina pas sur son temps et sur ses moyens. Il s’était subitement intéressé aux signatures royales et avait en tête d’établir une des collections les plus complètes. Tout ce qu’il trouva dans les salles de vente ou chez les particuliers, il se les procura avidement. 

Ce fonds a marqué la mémoire des amateurs de manuscrits car comme l’exprime M. de Lescure dans Les Autographes en France et à l’étranger. Portraits, caractères, anecdotes, curiosités (Jules Gay éditeur, 1865) : « Il serait difficile de citer de nos jours (…) de plus complètes et de plus affriolantes séries d’écritures royales »

La présentation du catalogue imprimé pour la circonstance se fit ainsi : »Galerie curieuse où nous voyons peints à nu et par eux-mêmes, des personnages que le prestige de leur naissance ou de leur célébrité ne nous laisse apercevoir ailleurs que sous l’appareil du grand costume« .

La collection Bruyères Chalabre était avant toute chose réputée pour ses rois, ses reines, ses maîtresses, ses secrets de cour et ses secrets d’alcôves.

Les principaux résultats de cette vente :

*LAS d’Anne de Bretagne à sa fille Claude, femme de François Ier : 60 francs

*Lettre de cachet signé de François Ier exprimant son mécontentement contre le Parlement de Paris en suspendant les conseillers de leur fonction (juillet 1543) : 23 francs

*LAS d’Henri III à sa mère Catherine de Médicis : 50 francs.

*LAS de Catherine de Médicis au duc de Montpensier (avril 1580) : 31 francs 50. 

*LAS d’Henri IV à la marquise de Verneuil (sans date) dans laquelle il témoigne son amour : 205 francs (acquise par Guilbert de Pixérécourt).

*LAS d’Henriette-Marie, fille de Henri IV et femme de Charles Ier roi d’Angleterre, au Cardinal de Richelieu : 76 francs.

*LAS de Louis XIII à M. de la Ville-aux-Clercs (13 avril 1626) : 54 francs 95.

*LAS d’Anne Autriche au duc de Luynes : 61 francs.

*3 LAS de Louis XIV à mademoiselle de Lamoignon (datées de 1676-1677) : 57 francs.

*LAS de Louis XV au comte d’Evreux (avril 1745) : 22 francs.

*Billet autographe de Marie-Antoinette à M. de la Luzerne : 51 francs.

*Lettre autographe de 4 pages de Madame de Sévigné à madame de Grignan (octobre 1684) : 45 francs.

*LAS du duc de Saint-Simon (décembre 1720) : 25 francs 50.

Le plus surprenant dans cette vente aura été les documents autographes précieux de certains personnages qui furent vendus « au rabais » :

*Trois pages manuscrites autographes non signées de Madame de Pompadour : 11 francs 

*La minute d’une lettre autographe du Maréchal de Saxe (6 pages) : 11 francs 50.

*Une importante lettre de Fénelon ne trouve preneur qu’à 17 francs.

*Pour 225 francs, cinq lettres de Saint-Vincent-de-Paul sont adjugées. (elles coûteront 5 fois plus trente ans plus tard).

*Une lettre autographe signée de Buffon est vendue 10 francs. 

Autres fait marquant dans la vente : un faux est repéré par les organisateurs. En effet, une lettre autographe signée de Paul Pellisson (1624-1693) ne trouve preneur que pour 2 francs 50. Il s’agissait d’un calque sur papier vélin ! (le papier vélin ne voit le jour qu’en 1750…). Anecdote amusante qui révèle bien la montée en puissance du commerce des autographes qui est désormais sous la menace des faussaires.

Rarissime lettre autographe signée de Fénelon à la duchesse de Beauvilliers (Bibliothèque nationale de France).

En dehors des signatures royales ou de Cour, le catalogue Bruyère-Chalabre proposait : Leibniz (20 francs 50), Boileau Despréaux (27 francs 50), Fontenelle (28 francs), J.J Rousseau (25 francs), Diderot (29 francs), D’Alembert (10 francs). 

Le catalogue de cette vente a été éditée en 1833 mais il est très difficile de le trouver. Des sites anglo-saxons proposent néanmoins des reproductions (voir AbeBooks).

Autographes les plus rares

Quelles sont les autographes les plus rares ? C’est une des grandes questions que se posent les amateurs et l’un des débats préférés des collectionneurs et marchands aguerris. Évoquer Christophe Colomb, Titien, Rabelais ou encore Copernic, c’est partir à l’aventure et bien franchement rêver. Mon métier est aussi en ce sens une merveilleuse chasse aux trésors.
Si les traces écrites de Victor Hugo, Napoléon, Lamartine, Claude Monet, Verlaine, Charles de Gaulle ne sont pas rares et faciles à acquérir, un reçu signé de la main de Jean de La Fontaine n’est pas courant et les lettres de René Descartes se comptent sur les doigts d’une main, quant aux autographes de Lautréamont je n’en ai jamais vu (où dorment-ils ?) et pour finir un document signé de Jules César ça n’existe pas.

En m’aidant de ce qu’Alain Nicolas  avait entrepris dans son excellent ouvrage Les Autographes (Maisonneuve & Larose, 1988) et complétant sa propre liste avec ma propre expérience, je propose ici un recensement non exhaustif des autographes les plus rares à acquérir, et cela par thème (à l’exclusion de la Musique et du cinéma que j’entreprendrai dans un autre article). Cette liste sera complétée au fil du temps et donc réactualisée. Tout aide est la bienvenue. 

Signature autographe de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière.

1°)-Littérature :

D’une rareté absolue :

Pierre Corneille (1606-1684)

Guillaume Budé (1467-1540)

Philippe Desportes (1546-1606)

François de Salignac de La Mothe-Fénelon dit Fénelon (1651-1715)

Isidore Ducasse dit Lautrémont (1846-1870)

Jean-Baptiste Poquelin dit Molière (1622-1673)

Michel de Montaigne (1533-1592)

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (1688-1763)

Jean de La Bruyère (1645-1696)

François Rabelais (1483 ou 1494 – 1533)

Pierre de Ronsard (1524-1585)

Paul Scarron (1610-1660).

Blaise Pascal (1623-1662)

Érasme (1469-1536)

Jan Potocki (1761-1815)

Thomas More (1478-1535)

William Shakespeare (1564-1616)

Très rare :

Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655)

Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654)

Théodore Agrippa d’Aubigné (1552-1630)

Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort (1741-1794)

André Chénier (1762-1794)

Alain-René Lesage (1688-1747)

Jean de La Fontaine (1621-1695)

François de Malherbe (1555-1628)

Charles Secondat de Montesquieu (1689-1755)

Jean Racine (1639-1699)

Antoine de Rivarol (1753-1801)

Jean de Rotrou (1609-1650)

Alain Fournier (1886-1914)

Tristan Corbière (1845-1875) 

Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski (1821-1881)

Franz Kafka (1883-1924)

Etienne de La Boétie (1530-1563)

Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803)

Giacomo Léopardi (1798-1837)

Niccolò Machiavel (1469-1527)

Friedrich Nietzsche (1844-1900)

George Orwell (1903-1950)

Edgar Allan Poe (1809-1849)

Alexandre Sergueïevitch Pouchkine (1799-1837)

Anton Pavlovitch Tchekhov (1860-1904)

Signature autographe de Michel-Ange

2°)-Beaux-Arts :

D’une rareté absolue :

Philippe de Champaigne (1602-1674)

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)

Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779)

Claude Gelée dit le Lorrain (1600-1682)

Maurice-Quentin de La Tour (1704-1788)

Bernard Palissy (1510-1589)

Nicolas Poussin (1594-1665)

Jean-Antoine Watteau (1684-1721)

Jérôme Bosch (1450-1516)

Lucas Cranach dit l’Ancien (1472-1553)

Micelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564)

Pietro di Cristoforo Vannucci dit le Pérugin (1445-1523)

Rembrandt (1606-1669)

Pierre-Paul Rubens (1577-1640)

Antonio Stradivari dit Stradivarius (1644-1737)

Tiziano Vecellio dit Titien (1490-1576)

Coco Chanel (1883-1971)

Paolo Caliari dit Véronèse (1528-1588)

Très rare :

Paul Cézanne (1839-1906)

Honoré Daumier (1808-1879)

Théodore Géricault (1791-1824)

Jean-Baptiste Greuze (1725-1805)

Charles Le Brun (1619-1690)

Jules Hardouin Mansart (1646-1708)

Charles Meryon (1821-1868)

Jean-Marc Nattier (1685-1766)

Georges-Pierre Seurat (1859-1891)

Camille Claudel (1864-1943)

Yves Klein (1928-1962)

Jackson Pollock (1912-1956)

Francisco de Goya (1746-1828)

Amadeo Modigliani (1884-1920)

Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785)

Henri Rousseau dit le Douanier (1844-1910)

Chaïm Soutine (1894-1943)

Giambattista Tiepolo (1696-1770)

Vincent Van Gogh (1853-1890)

Diego Velásquez (1599-1660)

Signature autographe de Léonard de Vinci

3°)-Sciences :

D’une rareté absolue :

Léonard de Vinci (1452-1519)

Xavier Bichat (1771-1802)

René Descartes (1596-1650)

Jean-François de Galop comte de La Pérouse (1741-1788)

Nicéphore Niépce (1765-1833)

Michel Nostradamus (1503-1566)

Ambroise Paré (1510-1590)

Jacques Cartier (1491-1557)

Nicolas Copernic (1473-1543)

Galilée Galileo (1564-1642)

Ferdinand de Magellan (1480-1521)

Baruch Spinoza (1632-1677)

Amerigo Vespucci (1454-1512)

Très rare :

Isaac Newton (1642-1727)

Jacques Boucher de Perthes (1788-1868)

Jacques Cujas (1522-1590)

Louis Daguerre (1787-1851)

Augustin-Jean Fresnel (1788-1827)

Etienne-Louis Malus (1775-1812)

Francis Bacon (1561-1626)

Jean-François Champollion (1790-1832)

Sir Francis Drake (1540-1596)

Pierre de Fermat (1601-1665)

Emmanuel Kant (1724-1804)

Søren Kierkegaard (1813-1855)

John Locke (1632-1704)

Nicolas Malebranche (1638-1715)

Joseph Montgolfier (1740-1810) et Etienne Montgolfier (1745-1799)

Paracelse (1493-1541)

Adam Smith (1723-1790)

Signature et monogramme de Christophe Colomb

4°)-Histoire :

D’une rareté absolue :

Jeanne d’Arc (1412-1431)

Charlotte Corday (1768-1793)

Napoléon Ier (1769-1821) lettres de Saint-Hélène

Bertrand du Guesclin (1320-1380)

Pierre Terrail, seigneur de Bayard (1475-1524)

Christophe Colomb (1451-1506)

Francisco Pizarro (1475-1541)

Louis Rossel (1844-1871)

Girolamo Savonarola, dit Jérôme Savonarole (1452-1498)

Très rare :

Gracchus Babeuf (1760-1797)

Georges Cadoudal (1771-1804)

Jacques Cathelineau (1759-1793)

François Athanase de Charrette de la Contrie (1763-1796)

Gaspard de Coligny (1519-1572)

Camille Desmoulins (1760-1794)

Philippe Nazaire François Fabre dit Fabre d’Églantine (1750-1794)

Jean-Paul Marat (1743-1793)

Gilles de Rais (1405-1440)

Maréchal Joseph-Antoine Poniatowski (1763-1813)

Saint-François de Sales (1567-1622)

Saint-Vincent de Paul (1581-1660)

Jean-Nicolas Stofflet (1753-1796)

Jean Calvin (1509-1564)

Hernán Cortés (1845-1547)

Karl Marx (1818-1883)

Georges Guynemer (1894-1917)

Adolf Hitler (1889-1945) pour les lettres autographes ou manuscrits de sa main.

Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine (1870-1924)

Karl Liebknecht (1871-1919)

Louis XVII (1785-1795)

Ignace de Loyola (1491-1556)

Rosa Luxemburg (1870-1919)

Laurent de Médicis (1449-1492)

Maximilien Robespierre (1758-1794) pour les lettres autographes ou manuscrits de sa main.

Georges Danton (1759-1794) pour les lettres autographes ou manuscrits de sa main.

Jean Moulin (1899-1943)

Joseph Staline (1879-1953)

Ulrich Zwingli (1484-1531).

Jean Mermoz (1901-1936)

Axel de Fersen (1755-1810)

Vous pouvez retrouver toutes nos lettres autographes sur le site de notre galerie. 

La fin de la Seconde Guerre mondiale : un document signé par le général Eisenhower (7 mai 1945).

À New-York, 27 mars 2002, lors de la vente des documents historiques américains de la collection Forbes chez Chritsie’s, se trouvait présenté un document exceptionnel, un peu noyé dans un catalogue riche et varié comprenant 192 lots dont entre autres des lettres de Georges Washington, Abraham Lincoln, des discours de John Fitzgerald Kennedy, de Richard Nixon et de Ronald Reagan. Ce document est en partie dactylographié et signé « Dwight Eisenhower » en tant que Commandant suprême des forces alliées. L’en-tête du document porte la mention « TOP SECRET » imprimé en rouge. Il est daté du 7 mai 1945, et si l’information n’est pas inscrite sur le document, il a été rédigé à Reims.

Il s’agit du document original (non une copie) du message le plus important de la Seconde Guerre mondiale, celui qui annonce officiellement la fin du long et terrible conflit en Europe. L’armée allemande est en état de déliquescence absolue, les armées américaines et russes se sont rencontrées le 25 avril à Torgau sur l’Elbe, Berlin est totalement encerclée et Hitler, le 30 avril, s’est suicidé dans son bunker. Le 2 mai, Berlin se rend définitivement. Le 7 mai , à 2h41, dans une salle du collège technique de Reims (aujourd’hui musée de la Réédition), le général allemand Alfred Jodl signe l’acte de réédition de l’armée allemande sans condition.

L’exemplaire original provenant de la collection Forbes de l’annonce officielle de la fin de la Seconde Guerre mondiale signée par Dwight Eisenhower.

Une fois l’acte de capitulation signé par le général américain Smith, le général Jodl et des représentants de la France et de l’Union soviétique, Smith suggère à son commandant que cette nouvelle soit communiquée aux chefs d’état-major. Smith et plusieurs de ses collègues de la SHAEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force) ont tenté de composer le message historique. « J’en ai essayé une moi-même », a rappelé Smith, « et, comme tous mes collaborateurs, à tâtons pour des phrases retentissantes « . Les américains ne savent comment l’écrire, cherchent une formule. Eisenhower a examiné et rejeté une série de brouillons de messages proposés par son personnel, qui « cherchaient tous à faire naître un rhétorique, une chose qui ne manquerait pas de figurer dans les livres d’histoire »
Enfin, tôt le matin, le Commandant suprême Eisenhower rédige personnellement le message dont la teneur fut des plus concises : « La mission de cette force alliée fut remplie à 02.41 heure locale du 7 mai , 1945. « 

Charles de Gaulle et Dwight Eisenhower sur les Champs-Élysées en juin 1945

Le document de collection Forbes est le seul exemplaire officiel portant la signature autographe d’Eisenhower. Si plusieurs télégrammes avec signatures tapuscrites ont été envoyés, on n’en connait pas le nombre. On sait par ailleurs que pour commémorer l’évènement, Einsenhower a signé un petit nombre de documents non-officiels. Depuis 1945, seuls six exemplaires de ces documents ont été vendus aux enchères. Seul le « Forbes » est considéré comme un original. les cinq autres étant des reproduction dites « miméographique » (Fac-similé) portant certes une signature authentique d’Eisenhower mais postérieures aux évènements (le plus cher avait été adjugé 40.000 $ en 1997 chez Sotheby’s).

L’exemplaire Forbes avait été estimé au catalogue de 2002 entre 60.000 et 80.000 $. Il trouva un acquéreur à 160.000 $ (hors frais de vente) avant d’être revendu en France, en 2010, 1.410.100 $. Il fut la propriété du Musée des Lettres et Manuscrits (depuis disparu). Il est étonnant de constater que ce document n’est pas été préempté ou revendiqué par les Etats-Unis ou l’un pays alliés. Reste à savoir aujourd’hui si l’État français s’en est porté acquéreur à la suite de la fermeture du Musée des Lettres. Il pourrait ainsi revenir en ses lieux et être exposé à Reims.

Le général allemand Alfred Jodl (1890-1946) signant l’acte de réédition sans condition de l’armée allemande. Reims, 7 mai 1945.

Nicolas Copernic : Des Révolutions des sphères célestes, trésor de la bibliophilie.

Aujourd’hui, sortons un peu des autographes et des manuscrits afin de nous intéresser à leurs cousins : les livres anciens. Si il est encore possible d’acquérir une lettre ou un manuscrit (même un bout) de Newton, Darwin ou d’Einstein, il semble fort difficile de s’offrir Copernic (1473-1543). Et pour un amoureux des sciences, ce dernier est certainement le plus important d’entre eux. En démontrant que la Terre tourne autour du soleil et qu’elle n’est pas le centre de l’univers, Nicolas Copernic bouleversa l’histoire de la pensée. Il fut un détonateur, l’épicentre d’un séisme scientifique, philosophique et religieux, ce que l’on nomme « le révolution copernicienne ». 

L’Astronome, médecin, mathématicien et chanoine Nicolas Copernic (1473-1543)

Pendant près de 36 ans, Nicolas Copernic, convaincu de ses théories sur l’héliocentrisme, cacha celles-ci sans les divulguer (exceptées auprès de quelques amis choisis). Ce secret était une nécessité absolue compte tenu du danger que ses thèses auraient pu lui attirer de la part du Vatican (les représentations de l’univers et les bases de l’astronomie reposaient depuis 13 siècles sur les théories du système de Ptolémée (100-168 ap. J-C.). Néanmoins, ce risque inquisitorial n’explique pas pleinement les raisons de cette prudence. Les intuitions de Copernic devaient être démontrées scientifiquement, sans la moindre faille. Et cette démonstrations faisait face à des difficultés de calculs pratiquement insurmontables (notamment du fait que Corpenic ignorait les trajectoires elliptiques que Kepler allait découvrir un siècle plus tard). 

Pendant ces années de travail et de silence, Copernic rédige son oeuvre majeur : De Revolutionibus Orbium Coelestium (Des Révolutions des sphères célestes). Il termine sa rédaction en 1530. Ses thèses de l’héliocentrisme se diffusent jusqu’au pape Clément VII. Vers 1540, des copies de son essai circulent déjà. Ce n’est seulement qu’en 1543 que l’ouvrage parait chez un imprimeur basé à Nuremberg, l’année même de la mort de Copernic (il meurt le 24 mai à l’âge de 70 ans). Mort, Copernic ne fut jamais inquiété pour ses théories. En 1616, son livre fut cependant interdit par l’église catholique (interdiction qui ne sera levée qu’en… 1835). Cette interdiction n’était que partielle car l’Église avait autorisé sa publication à la condition que des corrections soient apportées à certains passages, et particulièrement ceux traitant du modèle héliocentrique. Chaque possesseur de l’ouvrage avait pour obligation d’effacer les passages interdits ou de les remplacer par des textes reconnus par l’Église (cette censure ne fut appliquée qu’en Italie tandis que des copies du texte intégral se diffusèrent à travers l’Europe).

Nicolas Copernic, De Revolutionibus Orbium coelstium, Libri VI, Nuremberg, Johannes Petreius, 1543.

L’édition originale de cet essai est un trésor bibliophilie inestimable, un des livres les plus célèbres et les plus convoités par les bibliophiles du monde entier. Relié en vélin souple, d’un format in-folio (278 x 200 mm) cet essai comporte 202 feuillets illustrés de 142 diagrammes gravés sur bois. Cette édition avait été imprimée à Nuremberg par Johannes Petreius. Le professeur d’université Owen Gingerich (né en 1930), chercheur en astronomie et en histoire des sciences à l’université d’Harvard aux Etats-Unis, n’a recensé que 277 exemplaires dont seuls 25 demeurent aujourd’hui en mains privées. Sur ces 25 exemplaires, seul 10 sont en reliure d’époque. 

En octobre 2005, à Paris, un fabuleux exemplaire de ce traité passa en salle de vente (Pierre Bergé / Collection Pierre Bérès). Estimé à 150.000 / 250.000 €, il fut adjugé 710.000 € (818.454 € frais de vente compris). L’exemplaire provenant du fonds de la librairie de Pierre Bérès (1913-2008) était un des trois plus grands connus. Connu pour son format et par la rareté de ses marges (il s’agissait d’un exemplaire en pleines marges, non rognées). 

Pierre Bérès avait acquis cet exemplaire lors d’une vente aux enchères en novembre 1967 à Genève (l’exemplaire porte un ex-libris manuscrit « H. Magli 1815). Lors de la vente de 2005, le bruit a couru que c’était un libraire anglais qui s’en était porté acquéreur, agissant pour un collectionneur français. Cet exemplaire a été prêté en 2014 à la galerie Gradiva (9 quai Voltaire à Paris) lors d’une exposition. Il dort désormais dans la bibliothèque (ou le coffre) d’un collectionneur privé dont le nom ne sera jamais divulgué. 

Quant au manuscrit lui-même, Copernic en fit don avant sa mort à son ami Tiedmann Giese (évêque de Chelano). Ensuite, Giese donna ce manuscrit à Georg Joachim Rheticus (1514-1574), célèbre astronome qui poussa et décida Copernic à publier son oeuvre. À la mort de Rhéticus, son disciple Valentin Otho de Magdebourg en hérita et l’emporta en Allemagne. En décembre 1603, Magdebourg le vendit à l’astronome Jakob Christmann (1554-1613) qui l’utilisa pour la préparation de son oeuvre « Theoria Lunae ». À sa mort, sa veuve le céda au philosophe et grammairien Comenius (Jan Amos Komensky). Aujourd’hui, le manuscrit de Copernic est la propriété de l’Université de Cracovie.

Le Testament politique de Louis XVI (1791) : le manuscrit retrouvé.

Louis XVI (1754-1793).

Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, Louis XVI et la famille royale s’enfuirent du château des Tuileries pour rejoindre à l’est, les troupes du marquis de Bouillé stationnées aux frontières du royaume. Quelques heures avant cette évasion, le roi rédigea et signa un manuscrit de seize pages nommé « Déclaration à tous les Français », et que l’on désigne aujourd’hui comme son testament politique. Dans ce manuscrit, Louis XVI clarifie nettement sa position à l’égard de la Révolution et son « projet » politique pour la France. Il conclut à l’adresse des parisiens : «Méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis, revenez à votre Roi, il sera toujours votre père, votre meilleur ami ». Enhardi par ce projet, Louis XVI, sortant incognito de Paris avec sa berline aurait déclaré : « me voilà donc hors de cette ville de Paris où j’ai été abreuvé de tant d’amertume. Soyez bien persuadés qu’une fois le cul sur la selle, je serai bien différent de ce que vous m’avez vu jusqu’à présent ». (Mémoires de la duchesse de Tourzel).

Sa Déclaration aux Français avait été confiée à son intendant de la Liste civile et ministre de sa Maison, Arnaud de La Porte (1737-1792). Ce dernier avait reçu pour mission de déposer le lendemain cette déclaration sur le bureau du président de l’Assemblée constituante qui en juin 1791 était Alexandre de Beauharnais (1760-1794). La déclaration aurait été ainsi lue devant tous les députés, tandis que Louis XVI aurait réussi sa fuite… 
Arrêtés à Varenne-en-Argonne après qu’ils aient été reconnus par un maître de poste (Jean-Baptiste Drouet), le roi, la reine et leurs enfants durent rentrer à Paris et sceller définitivement le sort de la monarchie qui sera abolie l’année suivante.

Dernière page du manuscrit autographe signé de Louis XVI, « Déclarations aux Français » (20 juin 1791)

Ce document est d’une très grande importance historique. Il dévoile l’intimité de la pensée de Louis XVI à l’égard de la Révolution. Décomplexé et certainement un peu enivré par la perspective d’une fuite réussie et par conséquent salutaire, on y découvre au fil de ce texte un monarque autoritaire et dont les positions sont nettes et tranchées (tandis qu’il avait dès les débuts de la Révolution hésiter, pour ne pas dire louvoyer). Ce manuscrit qui fut une pièce à charge pendant le procès du roi (décembre 1792 – janvier 1793) disparait semble t-il dès 1793 pour réapparaître seulement en 2009 lorsque le président de la société Aristophil (Musée des Lettres et des Manuscrits) s’en porte acquéreur pour 1 million d’euros auprès d’un collectionneur américain qui en était le propriétaire. On n’a jamais su de quelle manière et à quelle époque ce manuscrit avait pu traverser l’Atlantique.
Son retour en France fit sensation (on le pensait perdu) et Il devint l’un des joyaux de la grande collection privée de la société Aristophil. Cette dernière ayant cessé toute activité depuis 2014 (sur décision de justice), il est fort probable, comme la presse le laisse entendre depuis, que ce manuscrit sera probablement revendiqué par l’État français et rejoindra l’armoire de fer des Archives nationales.

Vous pouvez lire l’intégralité de la « Déclaration aux Français » à cette adresse

De l’enfer : une lettre autographe de Jack l’Éventreur (1888).

Jack l’Éventreur est le tueur en série le plus tristement célèbre de l’histoire. Entre août et novembre 1888, il tua au moins cinq femmes dans les bas fonds du district de Whitechapel à Londres. Son identité et ses motivations demeurent encore aujourd’hui un mystère. On ne compte pas moins de 30 suspects dont le peintre Walter Sickert (1860-1942). Il est fort probable que nous ne connaitrons jamais le meurtrier et que cette affaire continuera à alimenter les thèses et les fantasmes.

La célèbre lettre autographe baptisée « from hell » du 15 octobre 1888, écrite peut-être par le vrai Jack l’Éventreur au président du Comité de vigilance de Whitechapel.

Dès le début, la police reçoit des centaines de lettres anonymes revendiquant les assassinats. La très grande majorité d’entre elles s’avère infondée, absurde et sans le moindre intérêt pour les enquêteurs. Les Archives nationales britanniques conservent aujourd’hui certaines de ces lettres. Parmi elles, trois ont attiré l’attention de Scotland Yard dont la célèbre « From Hell ». Datée du 15 octobre 1888, elle est adressée à George Lusk, président du Comité de Vigilance de Whitechapel. La particularité de cette lettre, c’est qu’elle était accompagnée d’une boite contenant la moitié d’un rein conservée dans de l’ethanol. Elle fut examinée par un docteur de l’hôpital de Londres et ses conclusions furent que ce bout de rein provenait bien d’un être humain. Les moyens scientifiques étant ce qu’ils étaient à cette époque, on ne pu conclure s’il provenait d’un homme ou d’une femme. Ce rein aurait pu être celui de Catherine Eddowes, l’une des victimes présumées de Jack l’Éventreur (elle fut assassinée le 30 septembre 1888, mutilée d’un rein).

Selon les chercheurs, cette lettre est celle qui bénéficie des probabilités les plus fortes d’avoir été écrite par le tueur. Cependant, elle n’est pas signée du pseudonyme « Jack the Ripper » (Jack l’Éventreur), et son orthographe trahit un faible niveau culturel. Mais était-ce pour tromper la vigilance des policiers ? Au moment des faits, les experts médicaux soupçonnaient les étudiants en médecine d’avoir monté un canular. George Lusk, de peur de se ridiculiser, tarda longuement avant de transmettre la lettre aux autorités.
Si des centaines de lettres écrites et reçues par la police sont conservées aujourd’hui aux archives, celle-ci a été perdue en même temps que le rein. Seule une photographie d’époque existe. Nous retranscrivons la lettre c-dessous :

« De l’enfer,
Mr Lusk,Monssieu,
Je vous envoie la moitié du Reint que j’ai pris à une des femmes, je vous l’ai consservée. L’aut morceau je l’ai fait frire je l’ai mangé c’était essellent. Je vous enverrai peu-être le couteau ensanglanté qui a servi à le sortir, veuillez simplement passienter un peut.
Signé : Attrape-moi si tu peux. Mishter Lusk
« 

Aux dernières nouvelles, des scientifiques britanniques auraient pu grâce à des traces ADN sur le châle d’une victime retrouver l’identité de Jack l’Éventreur. Il s’agirait d’Aaron Kosminski, un barbier d’origine polonaise mort en 1919 dans un asile. Néanmoins, d’autres scientifiques contestent cette étude et notamment l’authenticité du châle. Les débats sont encore loin d’être clos.

Aaron Kosminski (1865-1919), le principal suspect de l’affaire dont des traces ADN ont été retrouvées sur le châle de l’une des victimes.

Une lettre autographe de John Lennon : sa brouille avec Paul McCartney (1971).

Le plus célèbre des groupes rock anglais s’était séparé officiellement en avril 1970 (le jour même de la sortie du premier album solo de Paul McCartney). Cette séparation qui fascine encore les esprits, a été la suite logique de nombreuses dissensions entre les membres du groupe et particulièrement entre Lennon et McCartney. Les deux compères de Liverpool ne partageaient plus les mêmes convictions musicales (et commerciales). La tension entre les deux hommes atteint son paroxysme en 1971.

Alors qu’il n’était pas encore parti s’installer à New-York avec Yoko Ono, John Lennon prend le temps d’écrire à McCartney une lettre au vitriol et règle ses comptes. Le contexte est tendu. Paul McCartney qui vient de sortir son deuxième album solo Ram (en duo avec sa femme Linda), semble avoir fait de nombreuses allusions à Lennon dans ses chansons et notamment une : Too many people. Si dans un premier temps l’artiste nie toute allusion, il reconnaitra en 2003 à propos de ce titre : « Je trouvais que John et Yoko disaient à tout le monde ce qu’il fallait faire, d’où la phrase Too many people preaching practices. J’enrageais de les voir agir ainsi. Enfin, c’est la seule attaque« . Aussi, Linda McCartney écrit au même moment une lettre à Lennon (de la part de Paul) pour lui exprimer sa colère à la suite des trop nombreuses remarques que John s’est permis de faire à leur encontre (sur leur légion d’honneur, sur la séparation des Beatles notamment). Lennon enrage, prend sa machine à écrire et son stylo, et rédige une lettre bien connues des fans des Beatles (Lettre baptisée « le coup de gueule de John »).

Cette lettre qui a été vendue chez Christie’s en 2001 puis en Californie en 2011 et à New-York en 2016, reste un mystère. On ne sait pas si elle est restée à l’état de brouillon, si elle a été envoyée et si il a existé une version au propre définitive. Tapée à la machine avec des rajouts autographes, cette lettre est à l’image même du caractère bouillonnant de Lennon. Je n’en donne ici que quelques passages :

« Je n’ai pas du tout honte des Beatles – (C’est moi qui ai lancé le groupe) – mais j’ai honte de toute la merde que nous avons endurée pour devenir si énorme… »

« Chers Linda et Paul,
Je lisais votre lettre en me demandant quelle sorte de fan malade des Beatles d’âge moyen avait bien pu l’écrire. Et j’ai résisté à la tentation d’aller en voir la signature pour le découvrir. je me demandais encore qui pouvait être l’auteur (…) C’est quoi ce délire – c’est Linda !
Vous croyez vraiment que la presse nous soutient vous comme moi ? Vraiment ? Qui pensez-vous que nous soyons vous comme moi ? Quant au passage sur « Notre ami auto-complaisant qui ne s’aperçoit pas du mal qu’il provoque » – j’espère que tu te rends compte de la merde dans laquelle toi et mes gentils et désintéressés amis nous avez mis Yoko et moi, depuis que nous sommes ensemble. Ça n’a pas manqué d’être un petit peu plus subtil ou devrais-je dire petit-bourgeois – mais pas souvent. Nous sommes souvent passés outre – et avons su vous pardonner tous les deux – donc, la oindre des choses serait que vous le fassiez pour nous – noble gens.
Linda – si ce que je dis ne t’intéresse pas – ferme là ! – laisse donc Paul s’exprimer par écrit – ou autre (…) Mais bordel Linda, tu n’écris pas dans le fan book des Beatles !!!

Je n’ai pas du tout honte des Beatles – (C’est moi qui ai lancé le groupe) – mais j’ai honte de toute la merde que nous avons endurée pour devenir si énorme – je croyais que nous en avions tous souffert à divers degrés – visiblement non. Tu crois pouvoir affirmer que l’art d’aujourd’hui est apparu à cause des Beatles ? – je ne te crois pas aussi cinglé – Paul – tu penses vraiment cela ? Quand tu arrêteras de le croire, tu te réveilleras ! N’avons nous pas toujours dit que nous étions une partie du mouvement – et non pas le mouvement dans son entier ? Bien sûr que nous avons changé le monde – mais il serait temps d’essayer de le suivre – DESCENDS DE TON DISQUE D’OR ET APPRENDS À VOLER ! (…) Je n’en veux pas ton mari, je suis désolé pour lui. Je sais que les Beatles sont des gens charmants, j’en ai fait partie, mais ce sont aussi de gros bâtards comme tous les autres, alors descends de ton piédestal ! (…) Alors, malgré tout, je vous aime tous les deux. de la part de nous deux. De la part de nous deux. P.S. : alors, tu comprendras qu’adresser ta lettre à moi seul – faut que ça cesse« .

John Lennon ne se contentera pas d’écrire une lettre. Il enregistre aussi un titre agressif directement adressé à McCartney : How do you spleep ? (Comment tu dors ?). Titre qui figure sur son album Imagine (1971). Les paroles sont explicites comme ces deux passages : « la seule bonne chose que tu as faite est Yesterday » (lui reprochant ses chansons trop doucereuses), « Ces tarés avaient raison quand ils disaient que tu étais mort » (mort artistique). Cerise sur le gâteau, qui vient prêter ses talents de guitaristes à la chanson ? : Georges Harrisson en personne qui ne porte plus McCartney dans son coeur. Les Beatles avaient définitivement explosés.

La lettre a été vendue en 2016 pour 30.000 $.

Le manuscrit autographe de « Sensation » d’Arthur Rimbaud

Ce célèbre poème de Rimbaud que j’affectionne particulièrement est issu du Cahier de Douai, recueil de 22 poésies écrit entre mars et octobre 1870. Ce manuscrit a beaucoup voyagé avant de rejoindre une grande collection publique.

Le Manuscrit autographe signé de « Sensation » d’Arthur Rimbaud de la British Library.

Âgé de 15 ans, et en pleine guerre franco-prussienne, Arthur Rimbaud fugue le 29 août 1870 de Charleville pour se rendre à Paris. À peine arrivé à la gare du Nord, il est contrôlé puis détenu à la prison de Mazas. De sa cellule, il écrit une lettre à son professeur et ami Georges Izambard (1848-1931) afin qu’il le libère en payant sa dette (Rimbaud avait voyagé avec un billet de transport invalide). Izambard lui vient en aide et lui offre un voyage de retour à Douai où il l’héberge une quinzaine de jours. C’est à ce moment que Rimbaud déposé le 26 septembre 1870 chez le poète et éditeur Paul Demeny, habitant Douai, un premier recueil manuscrit de quinze poèmes recopiés au propre (dont « Sensation » que Rimbaud date de mars 1870). Il livrera peu de temps après un second recueil de sept nouveaux poèmes.

Bien des années plus tard, Demeny vendit les manuscrits au journaliste et poète Rodolphe Darzens (1865-1938), première personne à entreprendre une enquête sur Rimbaud (il fera publier divers article en 1886 dans la revue La Vogue de Gustave Kahn). Les manuscrits passèrent ensuite entre les mains de l’éditeur Léon Genonceaux (1856-1942), du collectionneur et bibliophile Pierre Dauze (1852-1913) et celles de l’écrivain autrichien Stefan Zweig (1881-1942) qui les acheta aux enchères de l’hôtel Drouot en 1914 et les conserva jusqu’à sa mort en 1942 à Petrópolis au Brésil. La belle famille de Zweig cédèrent les manuscrits à la British Library de Londres où ils se trouvent aujourd’hui.  

Stefan Zweig (1881-1942) qui fut l’un des possesseurs des manuscrits du Cahier de Douai entre 1914 et 1942.

Il existe un autre manuscrit de « Sensation », qui se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet à Paris. Il s’agit d’une version similaire (signée « A.R. »). Ce second manuscrit est extrait d’une lettre de Rimbaud à Théodore de Banville datée du 24 mai 1870. Dans cette lettre, le poème est lui daté du 20 avril 1870 et est donc antérieur au manuscrit de Demeny (ce qui nous éclaire sur la date réelle de composition du poème). La lettre à Banville, retrouvée en 1920 dans les archives de Banville (mort en 1890) a été la propriété successivement de Louis Barthou et de Jacques Doucet qui légua ces manuscrits à l’Université de Paris.

Ce poème ne fut publié qu’en janvier-février 1889 dans La Revue indépendante. Je ne me prive pas pour mon plaisir et pour le vôtre peut-être de recopier ce magnifique poème en guise de conclusion :

« Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue
.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme
« .

Une lettre autographe signée de Galilée (1637) : trésor parmi les trésors.

Il est des personnages célèbres que les collectionneurs de lettres autographes et de manuscrits peuvent se résoudre à oublier et dont l’acquisition de la moindre trace écrite est une idée sans rapport avec la réalité. Parmi ces personnages célèbres se trouve le physicien, mathématicien et astronome italien Galilée (1564-1642).

Reproduction facsimile de la lettre autographe signée de Galilée passée en vente le 6 décembre 1961.

Il fut une époque où néanmoins l’idée était envisageable au gré des enchères. Le 6 décembre 1961, à Paris, au palais Galliéra, lors d’une vente organisée par Me Maurice Rheims avec l’appui des experts Pierre Bérès, Michel Castaing et De Nobele, une fantastique lettre de Galilée était proposée aux collectionneurs. Cette lettre entièrement autographe et signée « Galileo Galilei » était datée du 9 mai 1637 et écrite à Benedetto Guerini (1 page in-folio). Il ne s’agissait pas d’un simple reçu ou d’une liste quelconque. Cette lettre était relative à l’impression des plus importants ouvrages scientifiques de Galilée, à ses rapports avec le Grand-Duc de Toscane et à sa réclusion par le Saint-office. C’était l’une des toutes dernières lettres écrites par le savant avant qu’il devienne aveugle (7 mois plus tard).

Galilée écrit alors au secrétaire du Grand-Duc de Toscane de sa villa d’Arcetri, près de Florence où il était consigné par le Saint-Office depuis près de quatre ans (avec une interdiction absolue de se rendre à Florence). Galilée avait été condamné en 1633 pour avoir défendu les thèses coperniciennes (soutenant que la Terre tourne autour du soleil, et que celui-ci est le centre de l’univers).

Le Grand-Duc Cosme II de Médicis, empressé de secourir Galilée, lui a envoyé le Sieur Peri (le géomètre Dino Péri) pour l’aider dans son travail. Galilée écrit : « (…) L’aide du seigneur Peri en peu de jours me conduira au port où je trouverai le calme, non pas dans l’oisiveté mais en des études moins difficiles et plus agréables. Aujourd’hui, je suis avisé de Venise que la première feuille imprimée est en route, ce qui vous est une garantie qu’on travaille pour moi à Leyde, chez ces Elvézirs, les plus fameux imprimeurs de l’Europe ; ce sont eux aussi qui ont imprimé mon scandaleux Dialogue traduit en latin (…) ainsi qu’en dernier lieu ma Lettre à Madame Sérénissime de glorieuse mémoire, traduite aussi en latin et imprimée dans les deux langues, dont j’attends quelques exemplaires… »

Dans cette lettre, Galilée fait référence aux Discorsi e demonstrazioni matematiche qui s’imprimaient chez les Elzévier sous la surveillance du comte de Noailles, ambassadeur de France à la cour de Toscane et dédicataire de ce livre. Les deux autres ouvrages cités sont le Systema cosmicum et sa seconde partie, la célèbre lettre copernicienne à Christine de Lorraine, grande-duchesse de Toscane. Ces trois ouvrages étaient imprimés à l’étranger avec l’accord secret de Galilée et malgré l’interdiction du Saint-Office.

Galilée avait été informé que le Grand-Duc le recevrait volontiers s’il pouvait venir à Florence sans danger. Dans cette lettre, Galilée suggère donc un moyen de se rendre secrètement chez son altesse, dans un petit carrosse fermé qui viendra le prendre puis il prie son correspondant d’en faire la proposition et de remercier Son Altesse qui lui a procuré l’assistance du seigneur Péri.

La signature « Galileo Galilei » au bas de la lettre.

Pour la petite histoire, cette lettre a été adjugée 30.000 francs (soit l’équivalent de 47.000 € eu euros d’après l’INSEE) et avant de trouver un acquéreur, elle fut la propriété de l’écrivain, publiciste et collectionneur Jean Davray (1914-1985).