Auteur : admin7850

Le Massacre de la rue Transnonain (14 avril 1834) : un imprimé d’époque du général de Failly.

Le massacre de la rue Transonain nous évoque dans un premier temps l’oeuvre la plus connue d’Honoré Daumier. Dans cette lithographie, on y voit un homme mort, glissant de son lit et écrasant un bébé sous le poids de son dos. On remarque aussi le visage d’un vieillard gisant mort au sol. Cette oeuvre est considérée comme l’une des premières manifestations artistique du Réalisme. C’est aussi de la part de Daumier, un acte politique, une révolte contre la répression violente et aveugle du gouvernement de Louis-Philippe. Devant la crudité et le choc esthétique de l’image, le roi avait cherché à la censurer, à saisir les épreuves et la pierre, mais n’y était pas parvenu ou alors trop tardivement. La lithographie était si brutale qu’elle se diffusa et s’exposa rapidement aux yeux du public. L’image que représente cette lithographie est une des plus saisissantes de l’histoire du XIXe siècle en France. Quelques années plus tard, Charles Baudelaire écrira à son propos : « Ce n’est pas précisément de la caricature, c’est de l’histoire, de la terrible et triviale réalité ». 

Le Massacre de la rue Transnonain, lithographie d’Honoré Daumier (1808-1879)

On a tendance à oublier l’histoire de cette tragédie que le journaliste et caricaturiste Charles Philipon (1806-1862) a comparé à une « boucherie ». Revenons aux faits. À la joie et au soulagement de voir les Bourbons quitter le trône de France en juillet 1830, succède assez rapidement une crispation sociale et politique. De nombreux mouvements populaires agitent le pays et la répression qui s’exerce doublée d’une crise économique renforcent l’opposition républicaine (favorables à l’origine au niveau régime orléaniste). 

La menace que les  groupes républicains (dont les sociétés secrètes) font peser sur la stabilité du régime force Louis-Philippe à prendre des mesures de coercitions. Plusieurs lois sont votées par le  gouvernement qui interdisent les associations politiques, renforcent la censure et facilitent les révocations d’autorisations dont dépendent les journaux pour paraître. Devant de telles mesures liberticides, le journaliste Armand Carrel (1800-1836) invite ses lecteurs du National à « répondre à la suspension de l’égalité par la suspension de l’ordre public ». 

Louis-Philippe Ier, roi des Français (1773-1850)

Le 9 avril 1834, soit 5 jours avant les évènements de la rue Transnonain, une manifestation a lieu à Lyon (manifestation organisée par la Société des Droits de l’Homme et le Conseil exécutif des sociétés ouvrières de secours mutuel). Une émeute éclate (9-12 avril) et s’étend à Paris (13 avril). 

Plusieurs foyers de révolte se soulèvent à Paris dans les quartiers populaire du centre (autour particulièrement de l’actuel quartier Beaubourg). Le 14 avril, proche d’une barricade formée dans la rue Transonain, un capitaine d’infanterie est blessé par un coup de feu provenant d’un immeuble. Ce coup isolé met le feu aux poudres. La répression sera disproportionnée. Douze des cinquante occupants de l’immeuble du 12 rue Transnonain (dont des femmes, des enfants et des vieilles personnes) furent massacrés et tués par les troupes militaires. Quatre autres personnes furent grièvement blessées.  Le choc dans l’opinion est terrible et ternit aussi bien l’image de la monarchie orléaniste que son armée.

Nous proposons ce mois-ci à notre catalogue un rarissime document historique concernant ce massacre. Il s’agit d’un imprimé reproduisant une lettre écrite par l’officier (et futur général) Pierre-Louis Charles de Failly (1810-1892) qui est resté célèbre pour sa grande cruauté dans l’histoire du massacre de la rue Transnonain.

Nous reproduisons ci-dessous quelques extraits de cette lettre de Failly, tenant de justifier sa conduite le 14 avril 1834  :

« En attendant les preuves judiciaires, voici un officier du 45e ligne qui repousse avec indignation les calomnies dont son régiment a été victime ; il a adressé au National la lettre suivante,

Aux rédacteurs du National.

« M. le Rédacteur,

En exposant les évènements malheureux dont la rue Transnonain a été le théâtre, vous avez paru accepter comme vrai tous les on dit que la malveillance et l’esprit de parti se sont plu à enfanter, et comme ils flattaient votre haine, vos antipathies, vous n’avez pas voulu attendre que la vérité tout entière sortit des débats qui venaient de s’engager, et vous n’avez pas craint de flétrir d’épithètes infamantes un régiment à qui l’on ne peut reprocher que son inflexibilité dans le devoir.

Aujourd’hui, nous repoussons hautement ces épithètes comme flétrissantes (…) Oui, nous sommes plus que des hommes faits pour massacrer et être massacré ; nous avons aussi un coeur qui se déchire au douloureux souvenir des événements qui viennent de se passer. Plus qu’à personne il nous est permis de nous plaindre, car nos pertes sont amères, nos plaies encore saignantes ; et cependant nous pleurons sur tout le sang versé. 

Nous déplorons les excès qui peuvent se commettre pendant l’exaltation du combat : le sang excite à verser le sang ; sa vue enivre : mais il n’est pas vrai qu’on puisse accuser nos soldats d’une cruauté qui n’est pas dans leur caractère. Oui, je le répète, nous déplorons les malheurs qui ont pu arriver ; mais nous ne les avons point provoqués, et le sang fratricide ne doit pas retomber sur nos têtes. 

(…)

Lundi au matin, cinq barricades sont enlevées par les voltiguers commandés par l’intrépide capitaine Dupont de Gault, qui tombe blessé d’un coup de feu, au moment où, le premier, il franchit la dernière. Ma compagnie arrive dans la rue Transnonain. Des coups de fusil sont tirés des deuxièmes et troisièmes étages du n°12. Ce ne sont pas des on dit que je rapporte ici, mais des faits. Le brave capitaine Rey, à la tête de ses grenadiers, qui nous précédaient, est frappé à mort. L’ordre est donné de pénétrer dans les maisons d’où est parti le feu. Deux portes de magasin sont enfoncées avant la porte du n°12 ; un de ses habitants, loin de s’empresser à l’ouvrir, comme on a bien voulu le prétendre, tire un cou de fusil au moment où elle cède sous les efforts des sapeurs-pompiers (…) Personne, nous l’attestons sur l’honneur, n’a entendu les cris : voilà la ligne ! voilà nos libérateurs !

(…) des armes sont trouvées dans divers appartemens. Dira t-on qu’il n’y avait dans cette maison que des locataires paisibles et inoffensifs ? Qui donc a tiré et pourquoi ces étrangers ? Pourquoi un poignard sur une table, des fusils, des pistolets encore noircis de poudre et cachés à la hâte ? ».

Vous retrouverez ce document historique sur le site internet de notre galerie ainsi que toutes nos lettres autographes concernant la Monarchie de Juillet.

La rue Transonain n’existe plus aujourd’hui. Elle a disparu au milieu du XIXe siècle lors de l’élargissement de la rue Beaubourg.

De quoi la passion des autographes est-elle le nom ?

L’objet de cet article est tout à fait personnel ou plutôt un exercice de réflexion sur la finalité de mon métier et sur la compréhension des collectionneurs de lettres autographes et de manuscrits. La question à laquelle je cherche à répondre est la suivante : pourquoi collectionne t-on les lettres autographes ? (ou quelle est l’utilité même de ce type de collection ?)

Et lorsque je réfléchis à ces autographes, j’exclue de mon champ de réflexion les simples photographies ou cartons signés de sportifs ou de chanteurs contemporains, c’est-à-dire que je me préoccupe surtout des personnages et des lettres qui ont marqué et souvent bouleversé la littérature, l’histoire, les arts, les sciences et la culture dite populaire comme le cinéma, la bande dessinée ou la chanson. 

Et j’écris cela sans le moindre mépris. Je serais d’ailleurs très mal placé puisque je suis un grand passionné de football et que j’ai pu (réellement, oui-oui) m’émouvoir aussi rapidement devant un geste technique de Zinédine Zidane ou de Georges Weah que devant les échecs de Lucien de Rubempré ou les premières mesures de l’introït du Requiem de Mozart. D’ailleurs, j’avoue que je rêverais de posséder la déclaration manuscrite des joueurs de l’équipe de France durant le « drame » de Kysna lors de la coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Mais ce manuscrit est pieusement conservé dans les archives de Raymond Domenech. Mais là n’est pas la question. 

Se poser la question sur l’intérêt pré-supposé d’acheter ou de vendre des lettres autographes c’est résoudre une problématique à laquelle j’ai été maintes fois confrontée : l’indifférence de mon entourage ou l’indifférence tout court pour ces documents. 

Imaginons que sur cent personnes prises au hasard et à qui je présenterais mon métier et ma passion, et sachant bien que derrière moi, dans des classeurs, sont archivées des lettres de Victor Hugo, Georges Brassens, Hergé, Napoléon Ier, Charlie Chaplin, Henri IV, Mata-Hari ou Claude Monet, combien spontanément me demanderaient-ils de leur montrer quelques documents ? Et bien peu, vraiment peu, même très très peu. Mais je n’ai aucune raison de m’en inquiéter car pour 95 % d’indifférents, la passion, la curiosité joyeuse, parfois la douce gentillesse savante des 5 % restant rééquilibrent totalement cette balance humaine. Je ne juge pas cette indifférence, c’est une unique question de goût, de priorité dans la vie. Moi-même, je n’ai pas de goût prononcé par exemple pour le livre ancien (le livre rare, de collection). Disons que si je reconnais la beauté d’une reliure, la qualité d’un beau papier, je ne me souviens pas d’avoir demandé à un de mes confrères libraires de me sortir de leur bibliothèque un exemplaire de l’édition originale d’une Saison en Enfer. Mon propos peut étonner mais j’ai toujours préféré l’écrit à l’imprimé. 

Paul Verlaine, Lettre autographe signée, août 1887, à Henri de Régnier :  » tout est bel et bon qui est bel et bon, voir qu’il vienne et par quelque procédé qu’il soit obtenu. Classiques, romantiques, décadents, « symbolos », assonants ou comment dirais-je ? Obscurs exprès, pourvu qu’ils me foutent le frisson ou simplement me charment, même et peut-être surtout sans que (…) , je sache bien pour quelle cause, font tous mon compte »

Cette très relative indifférence explique peut-être aussi la raison pour laquelle le marché des lettres autographes et des manuscrits ne concerne finalement que peu de personnes comparé aux marchés des tableaux anciens des meubles et des bijoux. Les économistes parlent de « marché de niche », les journalistes de « microcosme » ou de « milieu feutré ». 

Néanmoins, il ne faudrait pas que vous méjugiez ce sentiment d’indifférence ou l’isolement des lettres autographes. Si chaque segment du marché des oeuvres d’art était un pays, alors oui les tableaux anciens ou le mobilier représenteraient des États étendus comme la Russie tandis que les lettres autographes et les manuscrits feraient office de principautés de taille vaticanesque. Mais quel petit état dynamique, passionné, stable et prestigieux. 

Comment ne pas s’émerveiller devant un poème autographe de Charles Baudelaire, devant la dernière lettre de Louis XVI avant son exécution, devant une lettre de Louise Michel pendant la Commune de Paris, devant une longue lettre de Jean Gabin à Jean Renoir, devant quelques lignes de Georges Brassens ou de Jacques Brel ? Cet émerveillement est le dénominateur commun de la grande majorité des collectionneurs, qu’ils soient fortunés ou non, et je l’espère de tous les marchands. Ce petit quelque chose qui étreint le collectionneur lorsqu’il trouve une lettre autographe qui lui parle, est une émotion difficilement exprimable. L’expert et libraire Frédéric Castaing parle de « Magie » (Signatures, Atout éditions, 1998), son confrère Alain Nicolas de « liens secrets qui vont droit au coeur » (Les Autographes, Maisonneuve & Larose, 1988), et le libraire historique Etienne Charavay « d’émanation directe de ceux qui ont droit à notre souvenir » (La Science des Autographes, Essai critique, Paris, Charavay Frères Libraires Éditeurs). 

On peut évoquer d’autres raisons qui motiveraient la collection de lettres autographes et de manuscrits. D’abord, les autographes sont des sources d’informations capitales pour la compréhension d’un auteur ou d’un évènement. Ils sont des sources de la recherche intellectuelle. Les collectionneurs et les marchands collaborent souvent avec des biographes ou des institutions. Car nous trouvons dans telle ou telle lettre, une date, une phrase, un fait relaté qui était jusqu’à aujourd’hui ignoré et qui lève le voile sur des interrogations laissées depuis longtemps sans réponse. 

Par exemple, j’ai possédé une lettre de Juliette Adam datée du lendemain de la mort de Gustave Flaubert (8 mai 1880). Dans cette lettre, Juliette Adam confie à son correspondant sa peine et son embarras car Flaubert avait promis à son journal la diffusion en épisodes de Bouvard et Pécuchet. Cette simple information fit le bonheur d’un chercheur qui cherchait depuis plusieurs années à qui été destinée la diffusion du dernier roman de Flaubert. Quel plaisir pour un marchand de participer (très modestement) à la compréhension et à l’étude d’un personnage ou d’un fait. 

Ensuite, je peux aussi évoquer la simple envie d’acheter pour spéculer. C’est une motivation peu glorieuse, critiquable mais comme tous les objets d’arts, les autographes n’échappent pas aux esprits calculateurs. Et ce n’est pas un marchand qui aurait le droit de leur faire une leçon de morale, étant lui même par essence un commerçant donc un chercheur de profit. 

Enfin, il existe des fétichistes, purs et durs, qui par amour et fascination, ne cherchent que quelques lignes, quelques pages touchées par l’objet de leur adoration. La lettre autographe devient alors une relique au sens propre du terme. 

Mais revenons à ces principes de « magie » ou d’ « émotion » provoqués par les autographes. Ce qui me tarabuste, c’est l’imprécision de ces sentiments. Quelle est la frontière entre l’émotion de la possession d’une lettre et le fétichisme ? À ce mot, j’entends déjà les collectionneurs et les marchands se dresser pour m’houspiller. Mais le fétichisme tel que nous nous le représentons dans notre imaginaire collectif a un sens dévalorisant, presque ridicule. 

Le fétichiste c’est celui divinise un objet ou une personne et qui en perd de son esprit critique. Dans les cas extrêmes, certains se déguisent, s’expriment, prennent des postures comme leur idole, se confondent avec eux. Alors, je ne suis ni psychiatre ni psychanalyste, et je me garde bien de condamner. Je n’ai pas l’âme d’un procureur. Mais j’ai toujours regardé cela comme une abdication de soi-même (une méconnaissance de soi). Oscar Wilde disait « Soyez vous-même, les autres sont déjà pris ».

C’est dans ce sens là que le plus grand nombre entend le mot fétichiste. Le fétichisme est un aveu de faiblesse. C’est pour cette raison j’imagine qu’Alain Nicolas nuance son propos en écrivant au sujet des lettres autographes, après avoir parlé d’émotion, que « cette fixation matérielle de la pensée ne représente pas simplement une relique. Elle constitue un témoignage irremplaçable donnant des renseignements qu’on chercherait parfois vainement dans des documents imprimés, elle remet même quelquefois en cause certains faits historiques qui semblaient acquis… ». Or si cette nuance me convient elle donne l’impression d’une justification, une tentative d’ennoblir la passion des autographes forcément suspecte d’un fétichisme puérile. Elle ne définit pas la magie ou l’émotion évoquée aussi bien par lui que par Frédéric Castaing. Oui les autographes donnent des informations sur un auteur mais là n’est pas l’origine de la passion. Je n’achète pas un manuscrit uniquement parce j’y apprend un fait nouveau. Je l’achète parce que son contenu et son scripteur me sont chers. 

Or, dans le fétichisme, il existe une dimension noble. L’objet est admiré et vénéré. La vénération est si l’on s’en tient à sa définition : «un Grand respect fait d’admiration et d’affection » (on conviendra qu’admirer et éprouver de l’affection pour quelqu’un ne contrarie en rien la liberté d’être nous-mêmes).    Si l’on accepte l’idée de cette noblesse, qu’est-ce du point de vue du collectionneur de lettres autographes ? 

Tout simplement et bêtement un amour de la culture. Non pas un amour ou toute la culture serait à bénir sans discernement mais un respect pour une oeuvre, pour un courant, pour une période historique… Une sensibilité évidente au passé. La culture, celle qui nous est personnelle (je préfère les romantiques, tu préfères les symbolistes, ils préfèrent les surréalistes…) est ce qui nous différencie et ce qui nourrit, élève notre personnalité. Parlez de ce que nous aimons est un acte très intime. Acheter une lettre autographe l’est tout autant. 

Yves Klein, Lettre tapuscrite signée, 29 avril 1958, au préfet de la Seine, à la suite du refus de ce dernier de laisser l’artiste éclairer l’obélisque de la Concorde avec son bleu.

L’émotion et la magie des autographes naissent de cette possibilité offerte de créer un lien, plutôt un « pont » avec ce que nous considérons de plus important à nos yeux : cette longue histoire culturelle. On pourra toujours juger ridicule de croire qu’en possédant une lettre de Balzac on s’imagine le rencontrer. On pourra toujours être ahuris par les sommes dépensées pour acquérir un manuscrit de Marcel Proust car à quoi sert-il ce manuscrit (déjà publié et reproduit dans des centaines de livres) qui se trouve au fond d’un tiroir ou d’une bibliothèque ? À rien. Il n’a pas d’utilité. Autant un beau tableau décore une pièce, autant une belle montre me donne l’heure et soigne mes apparences, autant une voiture de collection joint l’utilité de me déplacer que l’esthétique agréable des courbes d’une calandre, d’un tableau de bord en acajou et de fauteuils en véritable cuir… mais l’autographe ? Il n’a pas de fonction utilitaire. ce n’est qu’un « bout de papier avec de l’encre » comme je l’ai souvent entendu. C’est ici le point de rupture, le moment d’assumer cette l’émotion et la magie par un respect et un amour passionné pour la culture. Libre à tous d’admettre ou d’ignorer plusieurs siècles de création et d’évènements. Libre aussi celui qui aime la culture sans désirer en toucher les matériaux et les témoignages dont nous avons hérités n’en vivre que dans le monde des idées sans en posséder des souvenirs matériels.

J’ai commencé ce métier en lisant un roman, La Révolution de Robert Margerit. Formidable fresque sur la Révolution française, des États-Généraux au 9 thermidor. Dans ma lecture était survenue une pensée : « Existe t-il encore des documents de cette époque ? ». Et le lendemain, j’achetais mon tout premier document imprimé en 1793 (c’était un discours du révolutionnaire Jean-Louis Carra, acheté chez Emmanuel Lorient à sa librairie Traces Écrites). J’avais eu envie de posséder entre mes mains un témoignage matériel, un souvenir de la Révolution, de m’imaginer que cet imprimé était sorti des presses d’une imprimerie révolutionnaire parisienne, qu’il avait voyagé de mains en mains et peut-être appartenu à un conventionnel, et peut-être l’avait-il dans sa poche lors d’une assemblée houleuse, peut-être avait-il entendu un discours de Danton ou de Robespierre. Qu’est-ce ? Si ce n’est un amour, une passion dans mon cas personnel pour l’histoire ? Pourtant si je suis un marchand, je ne suis pas un collectionneur… je n’ai jamais collectionné les manuscrits. J’aime les trouver et travailler dessus. Mais non les posséder. Étrange paradoxe pour certains mais paradoxe salutaire je crois pour celui qui en fait son commerce.

Ne cherchons pas à trouver d’autres raisons que le fétichisme noble et le respect pour la culture pour justifier (en partie) l’intérêt que l’on peut porter aux autographes. Bien que cette démarche ne soir pas exempt de contradictions presque monstrueuses. Un admirateur de Baudelaire peut-il être marchand ou acheteur quand le poète écrit : « Le commerce est, par essence, satanique. Le commerce c’est le prêté rendu, c’est le prêt avec le sous-entendu : Rend moi plus que je ne te donne ». (Charles Baudelaire, Mon coeur mis à nu). Je ne suis pas certain que Baudelaire approuverait aujourd’hui le commerce de son écriture. Mais c’est là l’objet d’un autre débat et qui concerne peut-être davantage le marchand que le collectionneur.

Le chef d’oeuvre. La quintessence footballistique. L’art de dribbler est un art sous-estimé.

Vous pouvez retrouver toutes nos lettres autographes ainsi que nos documents historiques sur le site de notre galerie.

Un agent au service des Rois : le mystérieux Baron de Batz

Notre galerie propose actuellement à son catalogue une très rare et intéressante lettre autographe du légendaire agent et aventurier royaliste Jean-Pierre de Batz (1754-1822). Pour les passionnés de la Révolution française, et pour ceux qui ont été et sont encore sensibles au sort de la famille royale, le Baron de Batz est une grande figure de l’ombre de la Contre-Révolution. Il est celui qui aurait tenté de sauver Louis XVI de l’échafaud. Le 21 janvier 1793, Batz aurait eu pour projet de lever une petite armée de 2.000 gentilhommes chargée d’enlever le roi lors de son (long) parcours entre la prison du Temple et la place de la Révolution. La tentative échoua faute a priori d’une mobilisation suffisante des défenseurs de Louis XVI. 

Le Baron de Batz (1754-1822)

À Paris, une plaque commémore cet épisode  à l’endroit même de la tentative d’enlèvement, 52 rue de Beauregard (2e arrondissement). Cette plaque a été posée en 1989 dans le cadre du bicentenaire de la Révolution française.

Néanmoins, des doutes subsistent sur la réalité d’un projet qui est entré dans la légende du royalisme. Les faits seraient nés d’une dénonciation d’un membre du Tribunal révolutionnaire. Cette dénonciation était appuyée par les dires de Pierre Devaux secrétaire personnel de Batz. Or, aucun procès-verbal ou document judiciaire ne nous sont parvenus validant la véracité des faits. Peut-être, pouvons-nous mettre cette absence de sources écrites officielles sur le compte des destructions d’archives qui ont émaillé l’histoire depuis. Toutefois, une chose semble sûre, nous savons que des royalistes ont été tués sur le parcours du roi le menant à la guillotine, et notamment dans le quartier de Bonne-Nouvelle (où se situe encore aujourd’hui la rue Beauregard). 

Quoi qu’il en soit, le mystère entourant le Baron de Batz est auréolé par sa capacité à n’avoir jamais été arrêté alors qu’il était sévèrement recherché sous la Terreur. Certains disent même qu’il avait empêché Robespierre de dormir…
Après l’exécution de Louis XVI, Batz était resté à Paris dans un état de semi-clandestinité. En octobre 1793 il est désigné par le Comité de Salut public comme un des responsable de l’affaire de la liquidation de la compagnie des Indes. Batz est accusé d’avoir voulu ruiner la République (dénoncé par François Chabot à Robespierre alors que Chabot lui-même était accusé). Recherché activement, Batz voyage en province et en Suisse et échappe aux recherches. Il revient à Paris au moment du soulèvement royaliste du 13 vendémiaire   auquel il participe (25 octobre 1795). Il est emprisonné et finalement relâché grâce à sa future épouse (qui avait eu la présence d’esprit de détruire tous les documents suspects à son domicile avant la mise des scellés). Rayé de la liste des émigrés sous le Consulat, Batz cesse toutes activités politiques et se réfugie dans son domaine auvergnat de Chaudieu.

Les Bourbons de retour sur le trône en 1814, Batz est couvert d’honneurs et obtint le grade de maréchal de Camp et la croix de Saint-Louis. La lettre autographe signée du Baron de Batz que nous proposons est écrite quelques jours avant l’arrivée de Louis XVIII à Paris. Elle est datée du 20 avril 1814, quelques jours après l’abdication de Napoléon Ier. Cette lettre semble conclure un cycle et témoigne du soulagement et de la loyauté d’un fervent royaliste qui aura consacré presque toute sa vie à la cause des Bourbons. Voici sa retranscription : 

« Monseigneur,

Si votre altesse Royale a daigné conserver quelque mémoire de mon dévouement, comme j’ai l’orgueil de l’espérer, elle me plaindra de n’avoir pas été des premiers à ses pieds à son arrivée en France. Il n’y aurait pas d’expressions pour mes regrets s’il n’avait pas été utile, peut-être, que je veillasse ailleurs ; et dans ces derniers temps, à Montpellier, ville principale qu’environnaient des chances périlleuses. Tout y était organisé pour un courageux effort ; mais la main de Dieu devait seule nous rendre les Bourbons, et la félicité, la réhabilitation de la France, attachées uniquement à leur retour.

Lettre autographe signée du Baron de Batz à Louis XVIII quelques jours après l’abdication de Napoléon Ier.

Quelques derniers renseignements précieux à recueillir, et des sollicitations auxquelles j’ai dû céder, me retenant quelques moments encore, je ne puis soutenir l’idée de paraître en retard, ou d’un zèle faible. Daignés donc me pardonner, Monseigneur, d’oser vous assurer qu’aucun français ne me surpasse en dévouement à la plus sainte des causes, et à votre altesse Royale personnellement. 

Je vais d’autant plus me hâter de retourner à Paris, que j’apporterai des notions utiles sur les choses et les personnes pour assurer le parfait repos et la satisfaction générale de ces contrées qui méritent une attention particulière. Peut-être même pourrai-je offrir les moyens de rendre un plus important service.

Au terme de tant de calamités, combien il me sera doux, Monseigneur de pouvoir présenter de nouveau à votre altesse Royale, les félicitations et le dévouement qui ne s’est jamais démenti, de la même noblesse d’Albret dont elle avait daigné accepter la députation : ce souvenir ne mourra jamais sur le territoire qui a été le premier patrimoine de notre immortel Henri votre aïeul.

Je suis avec respect,

Monseigneur,

de votre alterse Royale

Le plus fidèle, le plus dévoué et le plus passionné serviteur.

Le Bon de Batz ».

Notons enfin que les écrits du Baron de Batz sont excessivement rares. Vous pouvez retrouver tous nos autographes de la Révolution française sur le site internet de notre Galerie.

Plaque commémorative de la tentative d’enlèvement du roi Louis XVI par le Baron de Batz et ses hommes (21 janvier 1793)

Le Tombeau de Chateaubriand : une lettre autographe

Notre galerie présente ce mois-ci une très belle lettre signée de François-René de Chateaubriand (1768-1848). Datée d’août 1841, écrite de Paris, et adressée au journaliste et historien Pitre-Chevalier (1812-1863), Chateaubriand demande probablement à son correspondant de faire suivre une lettre à son cousin Frédéric de Chateaubriand, fils d’Armand de Chateaubriand (1768-1809) dont l’écrivain n’oublie pas de dire qu’il a été « fusillé par Bonaparte ».

Agent royaliste et soldat de l’armée de Condé, Armand de Chateaubriand fut condamné à mort par une commission militaire et fusillé le 31 mars 1809. Dans les Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand écrira : « Le jour de l’exécution, je voulus accompagner mon camarade d’enfance sur son dernier champ de bataille; je ne trouvais point de voiture, je courus à pied à la plaine de Grenelle. J’arrivais, tout en sueur, une seconde trop tard : Armand était fusillé contre le mur d’enceinte de Paris. Sa tête était brisée; un chien de boucher léchait son sang et sa cervelle… ».

Toujours dans cette lettre, Chateaubriand envie Pitre-Chevalier de se rendre en Bretagne et particulièrement dans la région de Saint-Malo où l’écrivain a passé son enfance. Une « patrie » écrit-il  « que je n’ai pas visitée depuis 50 ans. Je n’y connais plus personne et personne ne m’y reconnaitrait ». 

Enfin, Chateaubriand termine la rédaction de la lettre par cette phrase qui fait office de voeu : « Vous trouverez peut-être une pierre sans nom préparée pour me couvrir au bord de la mer dans un îlot de sable où je désire être enterré… ». 

Dès 1823, Chateaubriand avait commencé à chercher un lieu en bord de mer, une île idéalement, pour y être enterré. En 1828, il adresse une demande spécifique au maire de Saint-Malo : que lui soit concédée la pointe ouest de l’île du Grand Bé. Si cette demande embarrasse dans un premier temps la municipalité qui n’accorde pas son autorisation, un admirateur de l’écrivain appuie en 1831 sa demande auprès du nouveau maire qui accepte ce désir à la condition que le ministre de la Guerre y consente aussi. Détail atypique, le tombeau sera terminé dix ans avant la mort de l’écrivain (en 1838). 

Il est possible aujourd’hui, à marée basse de se rendre à pied sur l’ile de Bé et d’admirer le tombeau. Si à l’origine aucune n’inscription n’y figurait, une plaque fut posée où l’on peut lire : « Un grand écrivain français a voulu reposer ici pour n’y entendre que le vent de la mer. Passant respecte sa dernière volonté ». 

Retrouvez toutes nos lettres autographes de Chateaubriand sur le site de notre galerie.

La fin de la Seconde Guerre mondiale : un document signé par le général Eisenhower (7 mai 1945).

À New-York, 27 mars 2002, lors de la vente des documents historiques américains de la collection Forbes chez Chritsie’s, se trouvait présenté un document exceptionnel, un peu noyé dans un catalogue riche et varié comprenant 192 lots dont entre autres des lettres de Georges Washington, Abraham Lincoln, des discours de John Fitzgerald Kennedy, de Richard Nixon et de Ronald Reagan. Ce document est en partie dactylographié et signé « Dwight Eisenhower » en tant que Commandant suprême des forces alliées. L’en-tête du document porte la mention « TOP SECRET » imprimé en rouge. Il est daté du 7 mai 1945, et si l’information n’est pas inscrite sur le document, il a été rédigé à Reims.

Il s’agit du document original (non une copie) du message le plus important de la Seconde Guerre mondiale, celui qui annonce officiellement la fin du long et terrible conflit en Europe. L’armée allemande est en état de déliquescence absolue, les armées américaines et russes se sont rencontrées le 25 avril à Torgau sur l’Elbe, Berlin est totalement encerclée et Hitler, le 30 avril, s’est suicidé dans son bunker. Le 2 mai, Berlin se rend définitivement. Le 7 mai , à 2h41, dans une salle du collège technique de Reims (aujourd’hui musée de la Réédition), le général allemand Alfred Jodl signe l’acte de réédition de l’armée allemande sans condition.

L’exemplaire original provenant de la collection Forbes de l’annonce officielle de la fin de la Seconde Guerre mondiale signée par Dwight Eisenhower.

Une fois l’acte de capitulation signé par le général américain Smith, le général Jodl et des représentants de la France et de l’Union soviétique, Smith suggère à son commandant que cette nouvelle soit communiquée aux chefs d’état-major. Smith et plusieurs de ses collègues de la SHAEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force) ont tenté de composer le message historique. « J’en ai essayé une moi-même », a rappelé Smith, « et, comme tous mes collaborateurs, à tâtons pour des phrases retentissantes « . Les américains ne savent comment l’écrire, cherchent une formule. Eisenhower a examiné et rejeté une série de brouillons de messages proposés par son personnel, qui « cherchaient tous à faire naître un rhétorique, une chose qui ne manquerait pas de figurer dans les livres d’histoire »
Enfin, tôt le matin, le Commandant suprême Eisenhower rédige personnellement le message dont la teneur fut des plus concises : « La mission de cette force alliée fut remplie à 02.41 heure locale du 7 mai , 1945. « 

Charles de Gaulle et Dwight Eisenhower sur les Champs-Élysées en juin 1945

Le document de collection Forbes est le seul exemplaire officiel portant la signature autographe d’Eisenhower. Si plusieurs télégrammes avec signatures tapuscrites ont été envoyés, on n’en connait pas le nombre. On sait par ailleurs que pour commémorer l’évènement, Einsenhower a signé un petit nombre de documents non-officiels. Depuis 1945, seuls six exemplaires de ces documents ont été vendus aux enchères. Seul le « Forbes » est considéré comme un original. les cinq autres étant des reproduction dites « miméographique » (Fac-similé) portant certes une signature authentique d’Eisenhower mais postérieures aux évènements (le plus cher avait été adjugé 40.000 $ en 1997 chez Sotheby’s).

L’exemplaire Forbes avait été estimé au catalogue de 2002 entre 60.000 et 80.000 $. Il trouva un acquéreur à 160.000 $ (hors frais de vente) avant d’être revendu en France, en 2010, 1.410.100 $. Il fut la propriété du Musée des Lettres et Manuscrits (depuis disparu). Il est étonnant de constater que ce document n’est pas été préempté ou revendiqué par les Etats-Unis ou l’un pays alliés. Reste à savoir aujourd’hui si l’État français s’en est porté acquéreur à la suite de la fermeture du Musée des Lettres. Il pourrait ainsi revenir en ses lieux et être exposé à Reims.

Le général allemand Alfred Jodl (1890-1946) signant l’acte de réédition sans condition de l’armée allemande. Reims, 7 mai 1945.

Nicolas Copernic : Des Révolutions des sphères célestes, trésor de la bibliophilie.

Aujourd’hui, sortons un peu des autographes et des manuscrits afin de nous intéresser à leurs cousins : les livres anciens. Si il est encore possible d’acquérir une lettre ou un manuscrit (même un bout) de Newton, Darwin ou d’Einstein, il semble fort difficile de s’offrir Copernic (1473-1543). Et pour un amoureux des sciences, ce dernier est certainement le plus important d’entre eux. En démontrant que la Terre tourne autour du soleil et qu’elle n’est pas le centre de l’univers, Nicolas Copernic bouleversa l’histoire de la pensée. Il fut un détonateur, l’épicentre d’un séisme scientifique, philosophique et religieux, ce que l’on nomme « le révolution copernicienne ». 

L’Astronome, médecin, mathématicien et chanoine Nicolas Copernic (1473-1543)

Pendant près de 36 ans, Nicolas Copernic, convaincu de ses théories sur l’héliocentrisme, cacha celles-ci sans les divulguer (exceptées auprès de quelques amis choisis). Ce secret était une nécessité absolue compte tenu du danger que ses thèses auraient pu lui attirer de la part du Vatican (les représentations de l’univers et les bases de l’astronomie reposaient depuis 13 siècles sur les théories du système de Ptolémée (100-168 ap. J-C.). Néanmoins, ce risque inquisitorial n’explique pas pleinement les raisons de cette prudence. Les intuitions de Copernic devaient être démontrées scientifiquement, sans la moindre faille. Et cette démonstrations faisait face à des difficultés de calculs pratiquement insurmontables (notamment du fait que Corpenic ignorait les trajectoires elliptiques que Kepler allait découvrir un siècle plus tard). 

Pendant ces années de travail et de silence, Copernic rédige son oeuvre majeur : De Revolutionibus Orbium Coelestium (Des Révolutions des sphères célestes). Il termine sa rédaction en 1530. Ses thèses de l’héliocentrisme se diffusent jusqu’au pape Clément VII. Vers 1540, des copies de son essai circulent déjà. Ce n’est seulement qu’en 1543 que l’ouvrage parait chez un imprimeur basé à Nuremberg, l’année même de la mort de Copernic (il meurt le 24 mai à l’âge de 70 ans). Mort, Copernic ne fut jamais inquiété pour ses théories. En 1616, son livre fut cependant interdit par l’église catholique (interdiction qui ne sera levée qu’en… 1835). Cette interdiction n’était que partielle car l’Église avait autorisé sa publication à la condition que des corrections soient apportées à certains passages, et particulièrement ceux traitant du modèle héliocentrique. Chaque possesseur de l’ouvrage avait pour obligation d’effacer les passages interdits ou de les remplacer par des textes reconnus par l’Église (cette censure ne fut appliquée qu’en Italie tandis que des copies du texte intégral se diffusèrent à travers l’Europe).

Nicolas Copernic, De Revolutionibus Orbium coelstium, Libri VI, Nuremberg, Johannes Petreius, 1543.

L’édition originale de cet essai est un trésor bibliophilie inestimable, un des livres les plus célèbres et les plus convoités par les bibliophiles du monde entier. Relié en vélin souple, d’un format in-folio (278 x 200 mm) cet essai comporte 202 feuillets illustrés de 142 diagrammes gravés sur bois. Cette édition avait été imprimée à Nuremberg par Johannes Petreius. Le professeur d’université Owen Gingerich (né en 1930), chercheur en astronomie et en histoire des sciences à l’université d’Harvard aux Etats-Unis, n’a recensé que 277 exemplaires dont seuls 25 demeurent aujourd’hui en mains privées. Sur ces 25 exemplaires, seul 10 sont en reliure d’époque. 

En octobre 2005, à Paris, un fabuleux exemplaire de ce traité passa en salle de vente (Pierre Bergé / Collection Pierre Bérès). Estimé à 150.000 / 250.000 €, il fut adjugé 710.000 € (818.454 € frais de vente compris). L’exemplaire provenant du fonds de la librairie de Pierre Bérès (1913-2008) était un des trois plus grands connus. Connu pour son format et par la rareté de ses marges (il s’agissait d’un exemplaire en pleines marges, non rognées). 

Pierre Bérès avait acquis cet exemplaire lors d’une vente aux enchères en novembre 1967 à Genève (l’exemplaire porte un ex-libris manuscrit « H. Magli 1815). Lors de la vente de 2005, le bruit a couru que c’était un libraire anglais qui s’en était porté acquéreur, agissant pour un collectionneur français. Cet exemplaire a été prêté en 2014 à la galerie Gradiva (9 quai Voltaire à Paris) lors d’une exposition. Il dort désormais dans la bibliothèque (ou le coffre) d’un collectionneur privé dont le nom ne sera jamais divulgué. 

Quant au manuscrit lui-même, Copernic en fit don avant sa mort à son ami Tiedmann Giese (évêque de Chelano). Ensuite, Giese donna ce manuscrit à Georg Joachim Rheticus (1514-1574), célèbre astronome qui poussa et décida Copernic à publier son oeuvre. À la mort de Rhéticus, son disciple Valentin Otho de Magdebourg en hérita et l’emporta en Allemagne. En décembre 1603, Magdebourg le vendit à l’astronome Jakob Christmann (1554-1613) qui l’utilisa pour la préparation de son oeuvre « Theoria Lunae ». À sa mort, sa veuve le céda au philosophe et grammairien Comenius (Jan Amos Komensky). Aujourd’hui, le manuscrit de Copernic est la propriété de l’Université de Cracovie.

Le Testament politique de Louis XVI (1791) : le manuscrit retrouvé.

Louis XVI (1754-1793).

Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, Louis XVI et la famille royale s’enfuirent du château des Tuileries pour rejoindre à l’est, les troupes du marquis de Bouillé stationnées aux frontières du royaume. Quelques heures avant cette évasion, le roi rédigea et signa un manuscrit de seize pages nommé « Déclaration à tous les Français », et que l’on désigne aujourd’hui comme son testament politique. Dans ce manuscrit, Louis XVI clarifie nettement sa position à l’égard de la Révolution et son « projet » politique pour la France. Il conclut à l’adresse des parisiens : «Méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis, revenez à votre Roi, il sera toujours votre père, votre meilleur ami ». Enhardi par ce projet, Louis XVI, sortant incognito de Paris avec sa berline aurait déclaré : « me voilà donc hors de cette ville de Paris où j’ai été abreuvé de tant d’amertume. Soyez bien persuadés qu’une fois le cul sur la selle, je serai bien différent de ce que vous m’avez vu jusqu’à présent ». (Mémoires de la duchesse de Tourzel).

Sa Déclaration aux Français avait été confiée à son intendant de la Liste civile et ministre de sa Maison, Arnaud de La Porte (1737-1792). Ce dernier avait reçu pour mission de déposer le lendemain cette déclaration sur le bureau du président de l’Assemblée constituante qui en juin 1791 était Alexandre de Beauharnais (1760-1794). La déclaration aurait été ainsi lue devant tous les députés, tandis que Louis XVI aurait réussi sa fuite… 
Arrêtés à Varenne-en-Argonne après qu’ils aient été reconnus par un maître de poste (Jean-Baptiste Drouet), le roi, la reine et leurs enfants durent rentrer à Paris et sceller définitivement le sort de la monarchie qui sera abolie l’année suivante.

Dernière page du manuscrit autographe signé de Louis XVI, « Déclarations aux Français » (20 juin 1791)

Ce document est d’une très grande importance historique. Il dévoile l’intimité de la pensée de Louis XVI à l’égard de la Révolution. Décomplexé et certainement un peu enivré par la perspective d’une fuite réussie et par conséquent salutaire, on y découvre au fil de ce texte un monarque autoritaire et dont les positions sont nettes et tranchées (tandis qu’il avait dès les débuts de la Révolution hésiter, pour ne pas dire louvoyer). Ce manuscrit qui fut une pièce à charge pendant le procès du roi (décembre 1792 – janvier 1793) disparait semble t-il dès 1793 pour réapparaître seulement en 2009 lorsque le président de la société Aristophil (Musée des Lettres et des Manuscrits) s’en porte acquéreur pour 1 million d’euros auprès d’un collectionneur américain qui en était le propriétaire. On n’a jamais su de quelle manière et à quelle époque ce manuscrit avait pu traverser l’Atlantique.
Son retour en France fit sensation (on le pensait perdu) et Il devint l’un des joyaux de la grande collection privée de la société Aristophil. Cette dernière ayant cessé toute activité depuis 2014 (sur décision de justice), il est fort probable, comme la presse le laisse entendre depuis, que ce manuscrit sera probablement revendiqué par l’État français et rejoindra l’armoire de fer des Archives nationales.

Vous pouvez lire l’intégralité de la « Déclaration aux Français » à cette adresse

L’exécution d’un collaborateur en 1944 : une lettre autographe pendant l’épuration.

Ce mois-ci notre galerie propose une très intéressante lettre autographe relative à l’exécution du fonctionnaire et préfet de la Lozère Roger Dutruch (1893-1944). Nommé à son poste en 1941 par le gouvernement de Vichy, Roger Dutruch est mort fusillé après jugement d’un comité de résistance le 28 septembre 1944. Il lui avait été principalement reproché sa collaboration avec la gestapo et l’armée allemande lors de la sanglante répression contre le maquis Bir Hakeim en mai 1944 (61 résistants morts dont 35 fusillés et torturés).

Lettre autographe signée au sujet de l’exécution du préfet de Lozère Roger Dutruch en septembre 1944

Cette lettre est écrite par le beau-père de Roger Dutruch et adressée au maire d’Etrechy (Essonne). Nous retranscrivons ci-dessous quelques passages de ce témoignage qui met en lumière cette période trouble, ce moment de flottement historique où les haines, les ressentiments, les menaces de guerre civile, la fragilité d’un régime à reconstruire, les humiliations, sont à leur paroxysme :

« Mon pauvre gendre a été fusillé par une bande de brigands maitres de tout le département, après l’avoir incarcéré ils l’ont lâchement assassiné avant d’avoir reçu le recours engrave que le général de Gaulle avait expédié, précipitant ainsi le dénouement de ce drame horrible. Mon gendre, après s’être préparé chrétiennement à la mort a fait preuve d’un courage héroïque. « Sa mort, m’a dit ma fille, a été celle d’un saint et d’un héros ». Avant de mourir il a crié « Vive la France, je donne ma vie pour le salut de la France » ; et comme le chanoine qui l’assistait  lui disait qu’il allait célébrer pour lui la sainte messe, il a répondu qu’il le remerciait et qu’il y assisterait de là-haut. Telles furent ses dernières paroles.  (…)Pour vous donner le détail circonstancié de ce drame, il faudrait bien des pages où je pourrais étaler la perversité et la haine des assassins. ceux-ci, non contents de l’avoir tué ont inventé pour justifier leur crime cette rubrique : « exécuté pour intelligence avec l’ennemi » !!! Quelle sanglante ironie ! Tout prouve le contraire ; mais le tribunal révolutionnaire a voulu tout étouffer et l’avait condamné d’avance ainsi que cela se passait en 1793. Et voyez jusqu’ou peut aller le sadisme du crime, la lâcheté de la conscience humaine. (…)Non content d’avoir lâchement massacré un des meilleurs fonctionnaires de l’administration, on a voulu ternir sa mémoire et le déshonorer en prétendant qu’il était d’intelligence avec l’ennemi ; lui qui haïssait les allemands de tout son coeur, qui s’était engagé volontaire en 1914, qui a eu la croix de guerre et une belle citation, qui a été décoré de la légion d’honneur pour fait de guerre, qui a été blessé à Verdun et est retourné aux premières lignes sans attendre la guérison de sa blessure. Et que dire encore ? De ses qualités comme époux, père, ami et préfet ! Il vous suffira de savoir que toute la population de la ville capitale du département et même du département tout entier, n’a eu qu’un cri d’horreur pour protester contre un pareil forfait... »

Retrouvez tous nos documents historiques et nos lettres autographes sur note site internet.

De l’enfer : une lettre autographe de Jack l’Éventreur (1888).

Jack l’Éventreur est le tueur en série le plus tristement célèbre de l’histoire. Entre août et novembre 1888, il tua au moins cinq femmes dans les bas fonds du district de Whitechapel à Londres. Son identité et ses motivations demeurent encore aujourd’hui un mystère. On ne compte pas moins de 30 suspects dont le peintre Walter Sickert (1860-1942). Il est fort probable que nous ne connaitrons jamais le meurtrier et que cette affaire continuera à alimenter les thèses et les fantasmes.

La célèbre lettre autographe baptisée « from hell » du 15 octobre 1888, écrite peut-être par le vrai Jack l’Éventreur au président du Comité de vigilance de Whitechapel.

Dès le début, la police reçoit des centaines de lettres anonymes revendiquant les assassinats. La très grande majorité d’entre elles s’avère infondée, absurde et sans le moindre intérêt pour les enquêteurs. Les Archives nationales britanniques conservent aujourd’hui certaines de ces lettres. Parmi elles, trois ont attiré l’attention de Scotland Yard dont la célèbre « From Hell ». Datée du 15 octobre 1888, elle est adressée à George Lusk, président du Comité de Vigilance de Whitechapel. La particularité de cette lettre, c’est qu’elle était accompagnée d’une boite contenant la moitié d’un rein conservée dans de l’ethanol. Elle fut examinée par un docteur de l’hôpital de Londres et ses conclusions furent que ce bout de rein provenait bien d’un être humain. Les moyens scientifiques étant ce qu’ils étaient à cette époque, on ne pu conclure s’il provenait d’un homme ou d’une femme. Ce rein aurait pu être celui de Catherine Eddowes, l’une des victimes présumées de Jack l’Éventreur (elle fut assassinée le 30 septembre 1888, mutilée d’un rein).

Selon les chercheurs, cette lettre est celle qui bénéficie des probabilités les plus fortes d’avoir été écrite par le tueur. Cependant, elle n’est pas signée du pseudonyme « Jack the Ripper » (Jack l’Éventreur), et son orthographe trahit un faible niveau culturel. Mais était-ce pour tromper la vigilance des policiers ? Au moment des faits, les experts médicaux soupçonnaient les étudiants en médecine d’avoir monté un canular. George Lusk, de peur de se ridiculiser, tarda longuement avant de transmettre la lettre aux autorités.
Si des centaines de lettres écrites et reçues par la police sont conservées aujourd’hui aux archives, celle-ci a été perdue en même temps que le rein. Seule une photographie d’époque existe. Nous retranscrivons la lettre c-dessous :

« De l’enfer,
Mr Lusk,Monssieu,
Je vous envoie la moitié du Reint que j’ai pris à une des femmes, je vous l’ai consservée. L’aut morceau je l’ai fait frire je l’ai mangé c’était essellent. Je vous enverrai peu-être le couteau ensanglanté qui a servi à le sortir, veuillez simplement passienter un peut.
Signé : Attrape-moi si tu peux. Mishter Lusk
« 

Aux dernières nouvelles, des scientifiques britanniques auraient pu grâce à des traces ADN sur le châle d’une victime retrouver l’identité de Jack l’Éventreur. Il s’agirait d’Aaron Kosminski, un barbier d’origine polonaise mort en 1919 dans un asile. Néanmoins, d’autres scientifiques contestent cette étude et notamment l’authenticité du châle. Les débats sont encore loin d’être clos.

Aaron Kosminski (1865-1919), le principal suspect de l’affaire dont des traces ADN ont été retrouvées sur le châle de l’une des victimes.

Une des dernières lettres autographes du Maréchal Berthier avant sa mort (1815)

Notre Galerie propose actuellement à son catalogue une très émouvante lettre autographe (peut-être la dernière) du chef de l’État-Major de Napoléon Ier, le maréchal Louis-Alexandre Berthier (1753-1815). Pour ceux qui connaisse l’histoire du Premier Empire, la mort de ce maréchal est un mystère.

Rallié aux Bourbons après la première abdication de Napoléon Ier (avril 1814), le maréchal Berthier accueille lui-même Louis XVIII à Compiègne et est nommé pair de France. Son attitude aura été très critiquée mais elle s’explique aussi par une profonde lassitude après tant d’années de conquêtes, de batailles, de diplomaties et de retournement de situation. À 61 ans, comme d’autres maréchaux, Berthier ne souhaite plus que la paix. Au retour de Napoléon en mars 1815, Berthier suit Louis XVIII dans son exil à Ostende, ce qui lui vaut d’être rayé de la liste des maréchaux. Finalement, il part se réfugier dans son château de Bamberg en Bavière.

Tiraillé par ses sentiments de fidélité et son admiration pour Napoléon, Berthier tente de revenir en France. Mais il est assigné à résidence et est fait prisonnier de son château par le chancelier Metternich. Les adversaires de Napoléon savent trop bien l’importance que représente Berthier, maréchal de l’ombre mais lieutenant et logisticien redoutable.
Berthier, emprisonné dans sa demeure, bascule selon les témoins dans un profond état dépressif. Le 1er juin 1815, quelques jours seulement avant la bataille de Waterloo, Berthier est retrouvé mort après une chute du fenêtre du troisième étage de son château. Crime, accident ou suicide ? Les spéculations depuis deux cent ans vont bon train.

Notre lettre autographe a été écrite une semaine avant sa mort. Il écrit ce 22 mai 1815 au duc de Feltre et lui annonce qu’il a remis officiellement sa démission à Louis XVIII :

« Mon cher Duc de Feltre.
J’ai reçu votre lettre et en même temps une du Roy, l’état de ma santé est toujours mauvais, j’ai un bras presque perclus et je suis obligé de persister à me retirer de toute fonction militaire et conformément à ce que vous me prescrivez par votre lettre, j’adresse au Roy officiellement ma démission dans les termes de la lettre dont copie est ci-incluse. Vous me connaissez depuis 30 ans mon cher duc, assuré le Roy de ma fidélité dans ma retraite chez mon beau-père ou je suis occupé à soigner ma santé – en continuant les tristesses dans lesquelles je suis. Conservez moi mon cher duc, les sentiments de votre ancienne amitié.
Le Prince de Wagram.
Alexandre » 

Lettre autographe signée du maréchal Berthier en date du 22 mai 1815. Une semaine avant sa mort mystérieuse.

Napoléon regrettera beaucoup l’absence de son lieutenant. À Sainte-Hélène, il confia à Las Cases : « Si j’avais eu Berthier, je n’aurais pas eu ce malheur« . Ce malheur fut Waterloo.

Retrouver tous nos autographes du premier empire et nos autographes de Napoléon sur le site internet de la Galerie Thomas Vincent.